Conflits familiaux

Christine Bussat cherche une nouvelle raison de marcher

La fondatrice de Marche blanche défend maintenant l’égalité parentale. Attaquée par les mouvements féministes et accueillie diversement par les associations de pères, elle recule sous la pression

Christine Bussat a des fourmis dans les jambes. La passionaria de Marche Blanche, qui a remporté l’initiative contre les pédophiles mais vient d’échouer au Conseil national, n’apprécie pas l’immobilité. Restait à trouver une nouvelle cause à défendre. La Vaudoise, qualifiée par le journal alémanique Blick de «femme de conviction», n’en manque pas. Aussi vient-elle d’opter pour une Marche nationale pour l’égalité parentale. Au motif personnel d’avoir souffert, enfant, de l’absence de son père suite au divorce de ses parents.

Elle a donc approché les associations de défense des papas qui font de ce thème leur combat. Puis elle a pris les devants en annonçant à Nyon Région Télévision sa décision d’organiser cette marche. Pétition à l’appui, celle-ci réclamerait la garde partagée par défaut, la médiation ordonnée en cas de divorce, la refonte des questions fiscales sur la pension alimentaire et des sanctions à l’égard du parent non respectueux du droit de garde de l’ex conjoint.

Quelques jours plus tard, pourtant, le bel enthousiasme a cédé la place au découragement. A l’issue d’une réunion avec les associations, Christine Bussat annonce se retirer de l’organisation, tout en proposant son appui discret en base arrière. Comment expliquer le curieux rétropédalage de la politicienne? «J’ai subi trop de pressions ces derniers jours, répond-elle. Je suis harcelée sur les réseaux sociaux, menacée par les féministes et les associations de défense des mamans qui me jugent pro-masculiniste.»

Certes, les commentateurs de la Toile ne font pas de cadeaux à ceux qui se moquent de la correction politique. Mais Christine Bussat en a vu d’autres, elle qui fut accusée, à l’heure de Marche Blanche, d’accointances avec l’UDC valaisan Oskar Freysinger et d’opportunisme politique, elle qui vient de perdre les élections au Conseil national, où elle s’est présentée sous les couleurs du PBD. Qu’est-ce qui la froisse alors? La défiance des milieux qu’elle se propose de défendre, certains craignant un hold-up politique. Tout commence par un père qui lui reproche d’avoir fustigé la gauche et qui claque la porte. «D’autres, méfiants, sont en train de me lâcher, admet Christine Bussat. Ils craignent que j’agisse pour le PBD, ignorant que mes combats sont prioritaires sur le parti.» Pas faux, puisqu’elle a entamé sa carrière politique à l’extrême gauche (POP), avant d’embrasser le parti d’Eveline Widmer-Schlumpf.

Ce qui ne plaît pas à tout le monde: «Les associations cantonales de défense des pères sont clairement apolitiques, lance Nicolas Arnaud, président du Mouvement de la condition paternelle Vaud. Le danger existe que cette marche soit récupérée. En ce sens, il vaut mieux que Christine Bussat agisse comme coordinatrice sans en être la porte-parole. Nous voulons une marche citoyenne.» Patrick Robinson, porte-parole de la Coordination romande des organisations paternelles (CROP), nuance: «Nous pouvions craindre une récupération politique. Mais maintenant que la décision a été prise de confier l’organisation de cette action à un groupe de citoyens, ce doute semble avoir été écarté». Et Patrick Robinson de souhaiter que la marche ne soit pas portée uniquement par les associations paternelles ou des pères revanchards. «Il faudrait que d’autres associations convaincues de l’importance de la coparentalité, par exemple des associations de grands-parents, s’associent au projet.» Mais l’affaire n’est pas pliée. Approchée, donna2, association de femmes vivant avec un homme séparé ou divorcé, se montre sceptique: «Pour le moment, donna2 ne se prononce pas sur un engagement éventuel, note Anne Décosterd, coprésidente. Nous ne voulons ni récupération politique ni être otage de personnalités quérulentes.»

Pourtant, Christine Bussat compte aussi des partisans, aux yeux desquels le soutien politique est essentiel pour éviter un fiasco: «Elle doit rester, estime Maxime Riviera, membre actif de Père pour toujours à Genève. L’étiquette politique m’indiffère, tant que la marche se fait. Que l’égalité pour les pères soit revendiquée par une femme est aussi un signal fort.» Un papa en détresse estime, lui, qu’un homme et une femme aux commandes serait encore plus bénéfique, et que la femme est déjà toute trouvée.

Encore faudra-t-il se mettre d’accord sur les revendications exactes. Car si une date est d’ores et déjà retenue pour marcher à travers la Suisse – le 21 mai prochain – les termes de la pétition doivent encore être discutés. Qu’en pense l’avocate spécialiste du droit de la famille, Anne Reiser? «Politiquement cette marche est intéressante. Car avec le repositionnement à droite du Conseil fédéral, il y a moins de chance que son rapport sur la modernisation du droit de la famille passe la rampe.» Pourtant, elle prévient: «Sur le fond, je crains que cette marche ne cristallise le triste combat entre hommes et femmes en oubliant de parler des nouvelles formes de parentalité.» Pour elle, la garde partagée par défaut équivaut plus ou moins au jugement de Salomon, «en achevant de trucider les enfants en les coupant en deux. Si je devais défiler, ce serait pour le droit de l’enfant de voir ses parents et les gens qui l’aiment, sans graver dans le marbre son emploi du temps.»

Reste l’hiver pour trouver un objectif commun et un porte-drapeau. Le pas en arrière de Christine Buffat pourrait n’être qu’une façon de retrouver l’élan.

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