Une crise au Conseil fédéral? Que nenni! Pour Christoph Blocher, s'il y a une crise «alors, elle est latente depuis trente ans». «Je n'ai pas vu le Conseil fédéral faire d'erreurs majeures ces neuf derniers mois, même si, à mon avis, il n'a pas assez décidé de choses.» Voilà ce que déclare le ministre de Justice et police dans une interview parue jeudi dans L'Hebdo et la Weltwoche.

Ripostes par médias interposés

Pour le ministre, la mise en garde de Pascal Couchepin contre une «dictature populaire» relève toutefois du cynisme. Dimanche, le conseiller fédéral valaisan avait, dans la NZZ am Sonntag, qualifié le comportement de Christoph Blocher de «dangereux pour notre démocratie», dans la mesure où il tend à mythifier le peuple et placer sa volonté au-dessus de tout. Il a particulièrement mal ressenti le fait que le ministre UDC n'ait pas voulu commenter les résultats des votations sur les naturalisations. Le lendemain, Christoph Blocher s'est, par voie de communiqué, félicité de voir le débat sur la démocratie enfin mis sur la place publique. Place maintenant à l'Acte III: les deux coqs du Conseil fédéral se répondent par médias interposés.

Pour Christoph Blocher, il ne s'agit pas de chercher la confrontation avec Pascal Couchepin. «Je ne veux pas que cette affaire tourne au feuilleton à scandale», dit-il. «Au soir des votations, j'ai remarqué un changement et dénoncé cette manière qu'a le Conseil fédéral de venir devant les caméras et de juger le peuple: «C'est gentil, tu as obéi à mes recommandations; c'est mal, tu as refusé.» Cette attitude passe très mal auprès de la population», explique-t-il. «Pascal Couchepin a affirmé que le peuple n'est pas souverain, et ça, c'est une contestation de taille pour notre démocratie.»

Christoph Blocher se défend encore de vouloir affaiblir le Conseil fédéral, nie avoir brisé la collégialité, accuse l'«unanimité» des médias d'être «dommageable pour la démocratie» et critique la «machinerie» que l'administration a voulu mettre en place pour convaincre l'opinion sur Schengen/Dublin. Son bilan après neuf mois au Conseil fédéral? «J'ai eu plus d'influence que je ne le pensais au départ, mais je n'arrive pas à faire passer les grandes réformes que je souhaiterais.» Pour lui, une élection du Conseil fédéral par le peuple serait une bonne chose.

Le Blick, lui, a reproduit jeudi une partie de l'interview publiée par ses deux confrères, mais en rajoutant une nouvelle scène blochérienne: le ministre a renoncé à participer à l'émission-phare de la SF-DRS Arena, consacrée ce vendredi au fonctionnement de la démocratie. Sa présence aurait été peu appréciée des autres conseillers fédéraux, dit-il. Il a déjà trouvé son remplaçant: le conseiller national Christoph Mörgeli, grand idéologue de l'UDC…