Pour la première fois depuis plus de vingt ans, Christoph Blocher ne participera pas au traditionnel défilé du Sechseläuten, la parade printanière des anciennes confréries d’artisans qui est un des grands rendez-vous des notables zurichois. A ce jour, aucune des 26 corporations n’a voulu mettre l’ancien conseiller fédéral sur la liste de ses invités d’honneur pour le 16 avril prochain. Les années précédentes pourtant, elles s’arrachaient le stratège de l’UDC.

Coiffé d’un fez rouge – avec les Kämbel (chameaux) –, d’une cape aux armoiries des Constaffel ou d’un sautoir, Christoph Blocher défilait, rayonnant, le long de la Bahnhofstrasse, des brassées de fleurs serrées contre la poitrine. Car, comme le veut la tradition, les femmes dans le public expriment leurs préférences en fleurissant au passage leurs héros. En 2004 et 2005, après sa nomination au Conseil fédéral, il avait même provoqué des embouteillages, tant la ferveur populaire était grande. Cette année, l’UDC est représentée, parmi les invités d’honneur, par le conseiller fédéral Ueli Maurer, le président du Conseil national Hansjörg Walter, tout comme la jeune conseillère nationale Natalie Rickli, celle-là même qui a volé à Christoph Blocher la première place des élus UDC au parlement.

La peur des élites zurichoises

Pour Felix E. Müller, rédacteur en chef de la NZZ et maître de la confrérie de Fluntern, l’absence de Christoph Blocher est le signe d’un refroidissement entre l’establishment zurichois et le patron d’Herrliberg. «Beaucoup ont le sentiment que l’affaire Hildebrand n’a pas fait du bien à la Suisse. Un autre habitué, Roger Köppel, rédacteur en chef de la Weltwoche, ne figure pas non plus parmi les invités. Mais il serait exagéré de dire que Christoph Blocher est devenu persona non grata», ajoute-t-il.

Felix E. Müller a aussi, dans le passé, reçu Christoph Blocher dans sa confrérie: «Il a toujours aimé le Sechseläuten. Il est dans son élément. C’est un très bon orateur, avec beaucoup d’humour. Et il a toujours convié par la suite le comité dans son château de Rhäzüns.»

Selon le blog économique Inside Paradeplatz, l’absence de Christoph Blocher est plus qu’anecdotique. «Cela montre à quel point l’ancien conseiller fédéral est craint auprès de l’élite économique. Au lieu de le combattre avec des arguments, ses anciens alliés de la finance et de l’industrie préfèrent l’éviter.» Et de citer un cadre anonyme d’UBS: «Si même une star comme Philipp Hildebrand peut être balayée par Blocher et la Weltwoche, personne n’est à l’abri.»

Même si le Parti libéral-radical est très bien représenté parmi les membres – exclusivement masculins – des confréries du Sechseläuten, l’UDC y a aussi sa place. Christoph Mörgeli marche avec les Schmiden (forgerons), le conseiller national thurgovien Peter Spuhler, bourgeois de Zurich, avec les Schneidern (tailleurs), Walter Frey, sponsor de l’UDC suisse, avec la Zunft Hard.