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Jon Pult:  «Et je ne doute pas une seconde que Christoph Blocher s’activerait alors pour prendre davantage de poids, croire le contraire serait naïf. La Suisse risque la berlusconisation de son paysage médiatique».
© KARL-HEINZ HUG/Keystone

«No Billag»

Christoph Blocher en embuscade

Dans un climat marqué par l’incertitude et les plans d’épargne dans les rédactions, les regards se tournent vers le milliardaire de la Goldküste. Pourrait-il tirer son épingle du jeu?

Christoph Blocher s'exprime peu sur «No Billag», mais son nom est souvent cité en toile de fond des débats sur l'avenir des médias en Suisse. On l'imagine en embuscade, prêt à bondir pour élargir un peu plus encore son empire, une fois le géant SSR à terre. Une crainte encore exacerbée par les concentrations et les restructurations dans la presse, tendance qui n’a fait que s’accélérer au fil des ans. Dernier épisode en date: le rapprochement de deux grands groupes alémanique, le zurichois NZZ et l’argovien AZ Medien, qui ont annoncé début décembre leur union dans un joint-venture.

Lire également: «No Billag»: à qui profiterait le crime?

Une fortune et le goût pour la presse

Dans un climat marqué par l’incertitude et les plans d’épargne dans les rédactions, les éditeurs traditionnels auraient-ils les reins assez solide pour investir dans de nouvelles émissions TV et radio? Naturellement, les regards se tournent vers le milliardaire de la Goldküste, qui cumule fortune et appétit pour la presse. La famille du tribun UDC se porte mieux que jamais. Avec l’entreprise Ems-Chemie, elle s’est hissée dans le groupe des dix plus riches de Suisse, selon Bilan.

Le rachat de 25 titres gratuits du groupe Zehnder par l’homme fort de l’UDC et, plus récemment, le rapprochement entre le groupe grison Somedia et le bâlois Basler Zeitung (BaZ), dont Christoph Blocher est propriétaire à 30 %, démontrent au moins une chose: le patron de l’UDC n’a pas perdu son goût pour les journaux, qu’il a toujours vus comme un levier politique.

«Berlusconisation» du paysage médiatique?

Aux yeux du député socialiste grison Jon Pult, cela n’augure rien de bon : «No Billag» signifierait la fin de la SSR. Et je ne doute pas une seconde que Christoph Blocher s’activerait alors pour prendre davantage de poids, croire le contraire serait naïf. La Suisse risque la berlusconisation de son paysage médiatique. Et si ce n’est pas lui qui remplit le vide, ce seront des investisseurs étrangers.»

Même crainte du côté du conseiller national PDC et membre du comité contre «No Billag» Martin Candinas : «Nous assistons à une concentration de la presse comme on n’en a encore jamais vue en Suisse. Très peu d’acteurs privés ont les moyens de faire de la TV et de la radio, surtout pas pour créer des émissions politiques qui n’intéresseront pas le plus grands nombre.» «No Billag» ne se contente pas de supprimer la redevance et de priver ainsi la SSR de 75% de son budget, ce texte force la Confédération à mettre aux enchères les concessions radio-TV et donc à les livrer au plus offrant. Ce qu’on risque, c’est  la ploutocratie médiatique!» renchérit le conseiller national socialiste Roger Nordmann.

Polarisation des acteurs mediatiques

Interrogé par Le Temps, Christoph Blocher répond qu'il ne prend pas position sur le sujet. Dans le journal allemand Die Zeit, il avait affirmé n’avoir aucune intention de se lancer dans l'audiovisuel. Ce qui l’intéresse, c’est la presse. Peu d’observateurs, d’ailleurs, soutiennent l’hypothèse que le politicien devienne un magnat de l’audiovisuel. «Christoph Blocher croit au print, il achète des journaux papier», souligne le patron d’AZ Medien, Peter Wanner.

«Christoph Blocher n’est pas juste un mécène, c’est un homme d’affaires, il ne veut pas perdre de l'argent. Or la radio et la TV coûtent très cher et sont difficilement rentables», observe de son côté Nick Lüthi. Le journaliste spécialiste des médias estime probable, par contre, qu'en cas de oui à «No Billag» Christoph Blocher ne profite d'un recul de l'audiovisuel pour avancer ses pions sur l'échiquier de la presse. «Si une voix modérée à l’influence aussi considérable que celle de la SSR s’éteint, cela pourrait conduire à une polarisation des acteurs médiatiques», dit-il.

Le juriste Peter V. Kunz imagine les scénarios possibles en cas de oui à «No Billag»: l’effondrement, la disparition, ou alors une privatisation entière de la SSR. «Dans ce dernier cas, on peut d’ores et déjà imaginer que seuls des investisseurs privés dotés de gros moyens, avant tout alémaniques – tels que Christoph Blocher ou Peter Wanner –, seront à même de prendre le relais. Aucun investisseur de ce poids ne s'est manifesté en Suisse romande et je doute que cela arrive pour un marché si restreint.» Pourtant, le spécialiste estime peu probable qu'un seul individu domine le paysage médiatique suisse: «Je doute que le Conseil fédéral, à qui reviendrait la tâche de mettre aux enchères les concessions, laisse un seul acteur privé prendre trop de poids. Ce seront d’abord les débouchés publicitaires à l’étranger qui profiteront du vide.»

Dossier
La controverse «No Billag»

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