«Je ne suis pas un dictateur, j'accepte les décisions de la base.» Christoph Blocher se veut beau joueur. Il ne se montre pas bouleversé par la décision de l'assemblée des délégués de son parti, réunis samedi à Genève, de soutenir l'initiative qui veut plafonner à 18% la population étrangère en Suisse (Le Temps du 21 août).

Le président de la puissante section zurichoise de l'UDC et patron d'EMS-Chemie est pourtant opposé, comme la direction du parti suisse, au projet. Il estime qu'un système de quota ne résoudra en rien les problèmes qui le préoccupent, à savoir l'abus d'asile et les travailleurs illégaux, et qu'il sera, en outre, défavorable à l'industrie. Son absence à Genève a d'ailleurs été largement regrettée par les partisans du non. Il aurait, c'est sûr, été mieux écouté que le Vaudois André Brugon, dont la voix a été rapidement couverte par le bruit des discussions. «Je ne sais pas si j'aurais pu retourner la situation. Il y avait peu de monde et les personnes présentes étaient en majorité favorables au oui. Je regrette bien sûr de n'avoir pas pu m'exprimer mais la séance à laquelle j'ai dû assister pour mon entreprise était fixée depuis une année.»

Christoph Blocher ne compte pas mener campagne contre l'initiative. «Je ne pas vois pas pourquoi c'est moi qui le ferais alors que 90% des parlementaires y sont également opposés. Et tout le monde sait ce que je pense.» Il ne croit d'ailleurs pas qu'elle sera acceptée par le peuple, à moins que ses défenseurs ne continuent à commettre des erreurs. Et quels écueils importe-t-il d'éviter? «Il faut cesser de traiter les partisans de l'initiative d'extrémistes et de xénophobes. Les Suisses n'aiment pas qu'on leur dicte une façon de penser.»

«Une catastrophe»

Le vote des délégués a pourtant semé la confusion, d'autant plus que la majorité des sections cantonales devrait refuser son soutien à l'initiative. Si bien que personne ne se bouscule pour faire campagne. Tant les tenants du non que ceux du oui gardent une prudente réserve. L'Union démocratique du centre argovienne, par exemple, dont le président Hans Ulrich Mathys s'est déclaré favorable à l'initiative, ne compte pas la promouvoir, il laisse ce soin au comité de soutien. Le plébiscite de l'assemblée des délégués lui suffit. Certes l'argent manque, et la manne des grands industriels comme Christoph Blocher ou Walter Frey fait défaut. A cela s'ajoute l'ambiguïté de certains de ceux qui, pour des raisons économiques, refusent une limitation à 18% des étrangers, mais la souhaitent en leur for intérieur.

«Le oui à l'initiative est avant tout un non à la politique du Conseil fédéral.» Ueli Maurer, président de l'UDC suisse, botte en touche: il refuse de voir dans le désaveu de la base du parti à l'égard de ses dirigeants une remise en question personnelle. Pour lui, l'opinion divergente des délégués n'est aucunement imputable à la montée en puissance des nouvelles recrues venues de l'extrême droite, mais démontre au contraire le fonctionnement démocratique du parti. Et surtout, il récuse toute accusation de xénophobie. «Si vous partez de ce principe, vous découvrirez au soir du 24 septembre que 40% des Suisses sont xénophobes.»

De son côté le secrétaire général du parti, Jean-Baise Defago, est plus amer. Il considère toujours, deux jours après le choc, que la décision de l'assemblée des délégués est une «catastrophe». Et il veut croire que le Conseil fédéral réagira en multipliant les interventions, faute de quoi la même surprise pourrait surgir des urnes. Il admet que si le débat s'est déroulé de façon très «correcte dans l'ensemble, il a dérapé lorsque le sujet de l'initiative a été abordé». «Dès que l'on parle des étrangers ou de l'asile, certains ont tendance à tout mélanger. Il y a eu des propos à la limite de la xénophobie, et même plus. Je ne peux pas l'accepter.»