Sur une pleine page du Tages-Anzeiger, jeudi, le leader de l'UDC Christoph Blocher a profité de la débâcle de SAirGroup pour dénoncer violemment l'emprise des réseaux radicaux sur l'économie en général et le conseil d'administration de la compagnie aérienne en particulier – tout cela sous le regard jugé complaisant de la presse.

A quelques semaines de l'élection du successeur de Franz Steinegger à la présidence du Parti radical suisse, le 7 avril prochain, Christoph Blocher adjure son «principal partenaire» sur la scène politique d'en revenir à une ligne beaucoup plus marquée à droite, combattant sans compromis l'intervention de l'Etat et la socialisation rampante de l'économie. Le conseiller national UDC s'en voudrait, dit-il, d'expliquer au Grand Vieux parti ce qu'il devrait faire pour retrouver le punch d'antan, mais celui-ci doit en priorité se défaire des liens «corrompus» entre l'économie, l'Etat et les médias que les radicaux ont tissés jusqu'ici.

Il y eut déjà, lundi au Grand Conseil zurichois, mais c'était attendu, les attaques de la gauche et des Verts contre les radicaux, dont l'omniprésence au conseil d'administration de SAirGroup – son président, Eric Honegger, est un ancien conseiller d'Etat radical zurichois – pouvait à bon droit susciter des questions étonnées.

Et puis, jeudi – évidemment pas dans la radicale Neue Zürcher Zeitung (NZZ), qui en prend pour son grade –, le président de l'UDC zurichoise n'y va pas par quatre chemins pour fustiger la clique de radicaux qui, à ses yeux, a creusé la tombe de SAir. Ces gens-là n'étaient pas à leur place, et ont choisi la mauvaise stratégie. Eric Honegger, historien de formation, n'a «jamais dû vendre un seul crayon de sa vie», relève Christoph Blocher avec un perfide bonheur.

Liens multiples

Tout en rappelant qu'Eric Honegger est aussi président du conseil de la NZZ – le seul journal auquel ce dernier ait accepté de donner une interview depuis le début de la crise actuelle –, Christoph Blocher décortique les liens multiples unissant de nombreux dirigeants économiques et politiques. Ainsi, Lukas Mühlemann, le patron du Credit Suisse, était-il administrateur de SAir, tandis que Philippe Bruggisser, ancien patron de SAir, siégeait au conseil du Credit Suisse, selon un système croisé caractéristique de l'économie helvétique. Ironisant sur la prétention à vouloir résoudre par la bureaucratie des problèmes d'image, l'auteur de la philippique rappelle que c'est un apparatchik radical qui a pris la présidence de Présence suisse, Johannes Matyassy, ex-secrétaire général du PRD. Et que Franz Steinegger – lui aussi administrateur de la NZZ – est le président d'Expo.02, un autre «machin» où les différents intérêts sont tellement imbriqués les uns dans les autres qu'il n'est plus possible au gouvernement et au parlement d'exercer un véritable contrôle.

On surprend alors Christoph Blocher à regretter les années 70 et 80, où la presse exerçait réellement, dit-il, son rôle de quatrième pouvoir et où le Parti radical, sûr de ses valeurs conservatrices, lui faisait face dans une saine confrontation.