Christoph Blocher ne peut pas se résoudre à admettre qu'il ne retournera jamais au Conseil fédéral. L'interview qu'il a réalisée hier en fin de journée dans le cadre de son émission «Teleblocher.ch», avant de s'envoler aujourd'hui pour trois semaines aux Etats-Unis, en atteste. Et ne rend pas service à l'UDC. Car le Zurichois, après une semaine d'intenses tractations pour son parti, laisse toutes les portes ouvertes sur son éventuelle intention de se porter candidat au Conseil fédéral, en cas de démission de Samuel Schmid: «Il est trop tôt pour y répondre», a-t-il déclaré à son interlocuteur, le journaliste Matthias Ackeret. Faisant souffler ensuite, successivement, le chaud et le froid.

L'émission, produite par Christoph Blocher, et habituellement diffusée le vendredi ou le samedi, était exceptionnellement avancée d'un jour. Et très attendue, après la longue séance du groupe UDC de mardi, au cours de laquelle une majorité de 29 élus contre 27 ont refusé d'annoncer déjà la candidature de Christoph Blocher pour succéder, le cas échéant, au ministre de la Défense. Résistant ainsi, au passage, à la direction du parti, prête quant à elle à rester dans l'opposition, sachant que les chances de Christoph Blocher d'être réélu sont proches de zéro.

A l'issue de la séance de mardi, le président de l'UDC, Toni Brunner, et le chef de groupe, Caspar Baader, n'avaient d'ailleurs pas caché leur déception, en soulignant avec insistance que Christoph Blocher serait le meilleur pour reprendre le Département de la défense (DDPS). Depuis lors, plusieurs démocrates du centre ont laissé entendre que, durant cette séance, des propos durs avaient été tenus à l'égard de l'ex-patron de Justice et police et de sa garde rapprochée. Ce seraient, en particulier, les entrepreneurs argovien Ulrich Giezendanner et thurgovien Peter Spuhler qui auraient «donné de la voix», avoue un membre de l'UDC. Très sollicité par les médias après cette séance, l'ex-conseiller fédéral ne s'était quant à lui pas exprimé jusqu'à son apparition jeudi sur «Teleblocher».

Interrogé sur les «turbulences» qui auraient émaillé la séance de groupe et sur la rébellion du parti, Christoph Blocher assure que «ce n'est pas vrai». Les séances, dit-il, étaient certes plus calmes durant les quatre années où il siégeait au gouvernement. Avec sa non-réélection, le vent a tourné. Les critiques à son encontre, adressées dans la presse par Ulrich Giezendanner et le sénateur schaffhousois Hannes Germann? «Je n'ai jamais rien entendu de tel», répond le Zurichois. Quant à la «mort du père», comme le titrait le Blick, il s'agit d'une invention de journalistes.

La proposition de le présenter lui, si le siège de Samuel Schmid devait se libérer, venait de la direction du parti, a encore insisté l'ex-conseiller fédéral. «Bien sûr, si on a besoin de moi, je me tiens à disposition», a-t-il ajouté, reconnaissant que les autres partis ne l'éliraient pas, et glissant au passage qu'il n'a «jamais voulu être conseiller fédéral». Cela étant, poursuit Christoph Blocher, le DDPS est un département compliqué, à plus forte raison lorsqu'on a les six autres conseillers fédéraux à dos. En outre, si d'aventure le parlement refusait d'élire le candidat de l'UDC, cela ne constituerait rien de moins qu'une seconde non-réélection.

Dès lors, la véritable question, aux yeux du Zurichois, ne tourne pas autour de sa personne, bien que tous les membres du groupe aient reconnu qu'il serait, par son expérience, le meilleur candidat. Le parti doit savoir ce qu'il veut, dit-il, et l'opposition a des avantages comme des inconvénients. D'ailleurs, si les autres partis refusaient un candidat se situant sur la ligne de l'UDC, le parti ferait mieux de rester dans l'opposition. Opposition «que l'on n'a pas volontairement choisie, mais où l'on nous a poussés».

Christoph Blocher, qui est apparu quelque peu aigri dans son émission, en a également profité pour critiquer la levée de l'immunité du président de l'UDC, Toni Brunner, mercredi au parlement, soupçonné d'être l'auteur de fuites dans le cadre de l'affaire Blocher-Roschacher. «C'est un scandale», a souligné le vice-président du parti. La lettre du procureur extraordinaire de la Confédération Pierre Cornu adressait des reproches au conditionnel contre le Saint-Gallois. Or, le parlement, d'habitude «si restrictif», a clairement agi contre le parti.