Interdiction de poser des questions à son chef, mais lui faire uniquement des propositions argumentées, ne jamais justifier un échec, se concentrer sur sa mission. A peine arrivé à la tête du Département de justice et police, Christoph Blocher édicte ses principes de direction. Ce changement de style par rapport à Ruth Metzler ne va pas sans provoquer quelques sueurs froides au sein de l'administration. Car même s'il les distille à petites doses, glissant jour après jour une exigence supplémentaire, le conseiller fédéral UDC a des idées bien arrêtées sur la façon de commander.

De son propre aveu, il s'agit carrément de l'un des thèmes qui le «fascinent le plus». Il a lu des rangées entières de livres sur le sujet et passé des nuits à en discuter. Que ce soit en tant qu'entrepreneur dans sa multinationale Ems-Chemie, en tant que chef de parti ou en tant que colonel à l'armée, ses recettes sont toujours les mêmes. «Je ne vois pas pourquoi il ne les appliquerait pas en tant que conseiller fédéral», conclut Claudio Zanetti, le secrétaire général de l'UDC zurichoise, qui a travaillé étroitement avec Christoph Blocher durant plus de cinq ans.

Depuis trois semaines qu'il est au gouvernement, c'est justement ce qu'est en train de faire le nouveau chef du Département de justice et police. Lors de sa première réunion avec ses directeurs d'office, le 5 janvier, Christoph Blocher a par exemple exigé d'eux qu'ils ne lui posent jamais de questions. Non pas qu'il soit encore plus autoritaire que sa caricature. Mais pour lui, un bon subordonné arrive avec des solutions, pas avec des questions. Dans la même veine, ses chefs d'office ont reçu l'instruction de décider au maximum dans leur champ de compétences. «En cas de doute, lorsque nous ne sommes pas certains qu'une décision relève de notre responsabilité, explique un haut fonctionnaire hésitant encore entre admiration et inquiétude, il nous a demandé de décider seuls.» Ainsi, la responsabilité d'une décision n'est pas diluée et Christoph Blocher peut se concentrer sur l'essentiel. Si l'un de ses subordonnés n'a pas réussi sa «mission» – un terme récurrent de son vocabulaire – le Zurichois a déclaré qu'il ne voulait pas entendre de justifications. Pure perte de temps – un temps qu'il compte visiblement économiser pour se concentrer sur sa propre mission.

Un soir, alors que le directeur de l'Office fédéral de la justice Heinrich Koller lui apportait comme demandé une série d'arguments contre l'initiative sur l'internement à vie des délinquants sexuels dangereux, le nouveau conseiller fédéral l'a immédiatement renvoyé à son bureau. «Si vous n'êtes pas capable de résumer les quatre principaux arguments contre l'initiative sur une page A4, lui aurait-il dit en substance, c'est que ce ne sont pas de bons arguments.» Le lendemain matin, après le deuil de quelques subtilités juridiques et un intense effort, la page A4 était sur le bureau du chef.

Mais la méthode de Christoph Blocher ne fait pas que des heureux. «Un jour, explique un employé presque torturé par l'angoisse, il a décrété que ceux qui n'ont rien à négocier ou à dire lors d'une réunion n'ont pas à y participer. Depuis, j'hésite à chaque fois de venir.» De fait, Christoph Blocher préfère les réunions en tête à tête, qu'il juge nettement plus efficaces. Il n'est pas rare que celles-ci tournent à la confrontation, car le conseiller fédéral aime prendre le contre-pied des positions défendues par son interlocuteur, juste pour tester ses arguments.

Si Christoph Blocher qualifie lui-même sa direction de militaire – parmi ses modèles, il cite souvent Rommel ou son rival Montgomery –, son style de commandement reste intuitif. «In fine, avait-il déclaré dans une interview, je décide toujours avec le ventre.» C'est justement ce qui, ajouté à son charisme, inquiète certains fonctionnaires.

Reste qu'à ce stade il semble plutôt avoir acquis une certaine sympathie de ses subordonnés. «Au-delà du fossé idéologique qui nous sépare, avoue un cadre de l'administration, Christoph Blocher est impressionnant. Il sait ce qu'il veut, écoute beaucoup et apprend extrêmement vite.» Un autre haut fonctionnaire ne peut s'empêcher de faire la comparaison avec son ancienne cheffe Ruth Metzler: «Intellectuellement, je dois reconnaître que je me sens plus à l'aise.»

Il y a une semaine, lors de sa première séance devant une commission parlementaire, il a même fait forte impression, séduisant jusqu'à des gens de gauche par son aisance et sa capacité d'écoute.