Même s'il attire, bon an mal an depuis 1897, 40 000 personnes dans le décor féerique des Franches-Montagnes, le cheval se fait régulièrement souffler la vedette du Marché-Concours de Saignelégier: par Adolf Ogi en 1998, Pascal Couchepin en 2000, la pierre d'Unspunnen mystérieusement réapparue en 2001, le froid et le brouillard en 2002 ou par les fastes de la centième édition et Joseph Deiss en 2003.

Un cadeau empoisonné?

Dimanche prochain, l'attraction de la principale manifestation populaire jurassienne sera le conseiller fédéral Christoph Blocher. Comme lorsqu'il est venu à Moutier fêter les dix ans de l'Assemblée interjurassienne en novembre 2004 ou lors de la récente balade du Conseil fédéral à Saint-Imier, le tribun zurichois suscite une vague de rejet. Au point d'apparaître comme un cadeau empoisonné pour les organisateurs du Marché-Concours.

Depuis cent ans, les initiateurs de la fête du cheval adressent une invitation au Conseil fédéral. Le gouvernement a souvent envoyé un haut fonctionnaire. Mais, depuis une décennie, il n'est pas rare de voir un conseiller fédéral faire le déplacement de Saignelégier. «Le Conseil fédéral nous a informés il y a déjà quelques semaines qu'il avait délégué cette année Christoph Blocher, sans autre commentaire», explique Daniel Jolidon, président du Marché-Concours. Ajoutant: «On ne pouvait pas se permettre de refuser.»

Un accord avec le Groupe Bélier

Sachant que la visite de l'élu UDC ferait des vagues, il a pris spontanément contact avec le Groupe Bélier, perturbateur potentiel. «Nous avons obtenu la promesse que le Bélier ne gâcherait pas la fête du cheval», affirme Daniel Jolidon. Ce qui ne signifie pas que les jeunes séparatistes resteraient passifs.

Informés avant tout le monde de la venue de Christoph Blocher, ils ont, début juillet déjà, «tagué» sur le terrain de course du Marché-Concours l'inscription «Jura, terre d'asile», en lettres capitales de quatre mètres de haut, utilisant un désherbant lent, mais très efficace. Ces derniers jours, le même slogan est peint un peu partout sur les routes jurassiennes. Dans un communiqué, le Bélier déclare que, «définitivement, Christoph Blocher n'est pas le bienvenu dans le Jura», lui reprochant «le repli sur soi, l'incitation à la xénophobie et du nationalisme bon marché». Le mouvement séparatiste appelle à une «contre-manifestation», dimanche en fin de matinée à Saignelégier, mais en dehors de l'enceinte directe du Marché-Concours.

Le «baitchai» des altermondialistes

De son côté, le collectif altermondialiste jurassien préconise un «baitchai», dimanche à midi, au moment du discours du conseiller fédéral. Le «baitchai», un terme patois, consiste à faire un maximum de bruit, «pour chasser les mauvais esprits xénophobes», écrit le collectif.

Un brin agacé, Daniel Jolidon fait contre mauvaise fortune bon cœur. Pas question de brider la liberté d'expression. Son souci principal: la sécurité. Pas tant celle du conseiller fédéral, confiée à la police jurassienne, mais celle des chevaux. «Ils sont très perturbés par le vacarme», dit-il. Et de préciser encore que Christoph Blocher ne prononcera pas son discours face à la foule, mais devant un parterre d'invités, dans la patinoire de Saignelégier. Ce qui devrait réfréner les perturbateurs annoncés.

Eviter la provocation

La tradition veut que les invités officiels se rendent sur l'esplanade du Marché-Concours en cortège, au départ du centre de Saignelégier. «Pour ne pas provoquer», affirme Daniel Jolidon, Christoph Blocher se posera directement dans l'enceinte de la manifestation, à midi pour le repas officiel. Après avoir suivi de la tribune officielle le cortège qui sera animé par l'invité d'honneur, en l'occurrence le canton de Neuchâtel, puis les courses campagnardes, il s'éclipsera, sans avoir à traverser la foule.

La venue de Christoph Blocher ne modifie en rien le programme du 102e Marché-Concours: courses en nocturne vendredi soir, présentation de plus de 400 chevaux et courses samedi, démonstration, cortèges et courses campagnardes dimanche.