L'Union démocratique du centre (UDC) poursuit son ascension malgré une baisse de la crédibilité de Christoph Blocher et d'Ueli Maurer, le Parti socialiste (PS) est également en progression, le Parti démocrate-chrétien (PDC) maintient ses positions et le Parti radical (PRD) perd du terrain, avec toutefois une surprenante percée de Christiane Langenberger. En ce début de l'année électorale, le paysage politique suisse est plus que jamais polarisé, la droite progressant tout de même plus vite que la gauche. Pour la première fois depuis quarante ans, un parti atteint la barre des 26% d'intentions de vote. En 1963, il s'agissait du PS. Aujourd'hui, c'est l'UDC.

Un changement notable s'annonce par rapport aux élections de 1999, le taux de participation promet d'être supérieur. Sur les 53% des personnes interrogées qui déclarent vouloir participer au scrutin, on relève un quart de nouveaux électeurs, une proportion bien supérieure à celle des citoyens qui pourront voter pour la première fois. Cette mobilisation profite en premier lieu aux socialistes. C'est le PS qui attire le plus de nouveaux électeurs, c'est le PDC qui en attire le moins.

Si ce parti maintient ses positions, c'est parce que les démocrates-chrétiens compensent leur déficit d'attractivité par une plus grande mobilisation de leurs militants et sympathisants.

Les électeurs démocrates-chrétiens sont les plus fidèles, 85% d'entre eux répéteraient le choix de 1999. L'hémorragie vers l'UDC enregistrée alors paraît en particulier enrayée. Les radicaux ont beaucoup plus de peine à fidéliser leur clientèle. Le PRD ne devrait retrouver que sept sur dix de ses électeurs de 1999. Et il lui sera d'autant plus difficile de lutter contre ce phénomène que les transfuges le quittent aussi bien pour l'UDC, en premier lieu, que pour le PS. En pareil cas mieux vaut pouvoir compter sur des personnalités que sur des thèmes. A cet égard, l'ascension de Christiane Langenberger est inespérée pour les radicaux (lire ci-contre).

Ce premier baromètre électoral 2003 insiste également sur l'image de gagnants ou de perdants des partis politiques. Celle-ci n'est pas sans intérêt auprès des électeurs pour lesquels compte le fait de se ranger dans le camp des vainqueurs. L'UDC affiche d'ores et déjà une image de gagnant auprès d'un électeur sur deux. Il n'y a que 12% des personnes interrogées pour imaginer qu'elle puisse perdre du terrain en octobre. C'est particulièrement dans ce que Claude Longchamp appelle la ceinture du nord-est (Saint-Gall, Thurgovie, Zurich, Argovie, Lucerne et même les deux Bâles) que l'opinion anticipe déjà largement la victoire de l'UDC. A l'inverse, il n'y a également que 12% de pronostics favorables pour le Parti radical, et encore moins pour le PDC, qui ne peut pas se débarrasser de son image de perdant, même lorsqu'elle n'est pas conforme à la réalité. Le PS, par contre, suscite une attente légèrement positive.

Par rapport à ses concurrents, l'UDC apparaît plus compétente sur les thèmes qui préoccupent en priorité l'opinion. C'est aujourd'hui le cas de la question de l'asile et des réfugiés, qui arrive pour la première fois en tête des problèmes considérés comme prioritaires, devant le chômage et la situation économique, l'assurance maladie et la santé, ainsi que, en quatrième position, l'AVS et la sécurité sociale, loin devant l'intégration européenne. L'acuité avec laquelle ces questions sont ressenties par l'opinion varie beaucoup selon la région linguistique. L'asile est la préoccupation prioritaire pour 40% de la population contre 31% en Suisse romande et 12% au Tessin. A l'inverse, l'assurance maladie tracasse en priorité 42% des Tessinois, 32% des Romands et 26% des Alémaniques. Il s'agit là de phénomènes d'ordre culturel, relève Claude Longchamp, sans rapport ni avec le nombre de requérants d'asile, ni avec le niveau des primes. Ils ont un rapport, par contre, avec la popularité des partis.

Aucun parti n'a une réputation de compétence à la hauteur de celle qui est prêtée à l'UDC, dans la question de l'asile justement. Pour 38% des électeurs qui font figurer la question en tête de leurs préoccupations, c'est le parti qui leur paraît le mieux à même de les résoudre. Cette proportion a augmenté de 3% depuis l'automne dernier, en relation avec la votation du 24 novembre. S'agissant du chômage, c'est le PS qui est considéré comme le plus compétent (21%), devant le PRD (16%) et l'UDC (9%). En faisant abstraction d'un thème particulier, c'est le PS, qui jouit de la meilleure réputation de compétence par rapport aux problèmes d'actualité. Il est cité par 21% des personnes interrogées, devant l'UDC (17%), le PRD (10%) et le PDC (3%). Le PS n'était encore qu'en deuxième position derrière l'UDC en octobre. Il a profité, depuis lors, de la notoriété engrangée avec la succession de Ruth Dreifuss au Conseil fédéral.