L’engagement du vice-président de l’UDC, Christoph Blocher, comme conseiller du groupe Basler Zeitung Medien (BZM) suscite la colère au sein du journal bâlois. Les actionnaires – le financier Tito Tettamanti (75 % des actions) et le juriste de la publication, Martin Wagner (25 %) – ont en effet chargé la société Robinvest AG, qui appartient à l’ex-conseiller fédéral de redresser les finances. Déjà, en août 2010, c’est l’ancien rédacteur en chef adjoint de la Weltwoche, Markus Somm, aussi biographe de Blocher et du général Guisan, qui avait été nommé rédacteur en chef du quotidien.

Désormais encore plus inquiets pour leur indépendance, les journalistes exigent des explications de Martin Wagner. Ils «tentent l’épreuve de force», peut-on lire dans le quotidien bâlois, qui reprend un article du Tages-Anzeiger. Après ce mouvement de protestation sur les bords du Rhin, la Neue Zürcher Zeitung (NZZ) en est plus sûre que jamais: «L’engagement de personnes politiquement exposées est un poison pour les marques de presse, écrit-elle. Cela brise la confiance du public par rapport à l’indépendance des titres.»

Mais de tempérer aussitôt: «Les amateurs de théories du complot ont tendance à donner plus d’importance aux motivations politiques des éditeurs qu’à leurs contraintes économiques.» Car «la nouvelle est, depuis dimanche, un sujet de consternation pour les Bâlois», constate 20 Minuten, qui a lu les centaines de commentaires sur le forum de la Basler Zeitung, où les menaces de désabonnement sont aussi nombreuses. Un exemple? «Dies ist die Horrornachricht des Jahres»... Même en Allemagne, le Spiegel parle de «la tragique déchéance de la Basler Zeitung»

Si Radio Basel indique, elle, que des groupes contre l’intrusion de Christoph Blocher dans le journal bâlois se sont déjà constitués sur Facebook, tout en publiant le fac-similé de la lettre ouverte de la rédaction à son éditeur, la Badische Zeitung en détaille aussi le contenu, qui fait état d’une grande «préoccupation» par rapport à ce que le Blick qualifie de «conquête»: «De plus en plus, Bâle se transforme en forteresse blochérienne.» «L’instrumentalisation de la Basler Zeitung nuit à notre image, non seulement auprès des lecteurs mais aussi auprès des annonceurs», écrivent ainsi les journalistes. En rappelant à l’éditeur, précise Le Matin, qu’il a promis un «journal indépendant, de la région de Bâle pour la région de Bâle».

Selon des sources bien informées, la polémique ne va pas s’arrêter là. Ce mardi, il pourrait arriver encore pas mal d’événements sur les bords du Rhin. Reste la question la plus intéressante, détaillée par la NZZ: il s’agit de savoir «quels moyens on peut mettre pour fournir de bonnes sources aux propriétaires du journal, détentrices d’informations non-officielles. De cela dépendent l’identité et la qualité d’un média. Un virage idéologique clair serait un suicide – en tout cas en ce qui concerne les affaires locales et régionales».