Portrait

Christophe Clivaz, dandy montagnard et homme d’influence

Le patron hyperactif de Swiss Learning est un chasseur. S’il court le monde pour vendre les écoles privées suisses, il ne dédaigne pas Genève et ses cercles de pouvoir. Mais c’est à la manière valaisanne qu’il opère

Appelez-le le lundi, il est à New Delhi. Rappelez-le le jeudi, il est à Mexico. Lui, c’est «Ritaline». Son petit nom dans le monde des écoles privées. Hyperactif assumé, le directeur de Swiss Learning, Christophe Clivaz sur le passeport, court le monde pour y vendre les établissements privés et les universités suisses. Sobre: «Je cherche une clientèle aisée à la recherche de l’excellence.»

Pas de posture complexée face à l’argent

A l’égard de l’argent et du luxe, le Valaisan n’entretient pas cette posture complexée propre à ceux de la République. Originaire de Crans Montana, sa famille n’en était pas dépourvue. Ses parents y tenaient un hôtel, son père a fondé l’école des Roches et son oncle, le collège du Léman. «Je me suis toujours dit que je travaillerais un jour pour la famille», se souvient-il.

Son surnom: «Micheline»

Pourtant, le démarrage est laborieux. En échec scolaire au collège, Christophe est envoyé à Versoix dans l’école de tonton, histoire de redresser la barre. Il se forme ensuite à l’Ecole hôtelière de Genève, avant d’entrer à l’hôtel Beau-Rivage à Lausanne. Puis il reprend le service traiteur de Manuel après la faillite de celui-ci. Où lui devient «Micheline». Un autre surnom dont feu Benoît Violier le gratifie, «en référence à l’émission «la Cuisine de Micheline», car je ne comprenais rien en cuisine». Qu’importe, puisqu’il s’entend en marketing.

Il lance son entreprise

C’est précisément sur cette compétence-là que l’oncle va bientôt le solliciter pour les affaires familiales: promouvoir le Collège du Léman à l’étranger. «Je me suis alors rendu compte que l’éducation suisse était mise à mal par des moutons noirs, comme des universités boîtes à lettres, et qu’il était plus facile d’ouvrir une université bidon qu’un bistrot, car le nom n’est pas protégé.» Un diagnostic qui amène le Valaisan à imaginer le remède, une plateforme d’éducation qui positionnerait la Suisse comme un pôle d’excellence. Pile dans sa cible, et transposable en espèces. Lorsque, en 2005, le collège du Léman est vendu à un fonds de private equity américain, tout comme l’Ecole des Roches, le vibrion se décide à lancer son entreprise au lieu de se lamenter sur la perte de ce patrimoine.

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Les ressorts de la réussite: la famille, le clan

A Genève, le dandy montagnard n’a pas oublié les ressorts valaisans de la réussite: la famille, le clan. Aussi sollicite-t-il le conseiller fédéral Pascal Couchepin pour obtenir son soutien, lequel acquiesce à la condition que Swiss Learning ne promeuve pas les universités privées. Clivaz opine et emballe cette caution morale. Il le jure: si ses enfants fréquentent l’école publique, c’est que son épouse «est un pur produit de Calvin», quand lui est resté un gars de l’Alpe. Celle-ci n’est d’ailleurs jamais bien loin. S’il n’est pas à Shanghai ou en Colombie, Christophe Clivaz travaille à Crans Montana avec son frère Jean-Daniel, président de l’Office du tourisme et propriétaire de restaurants, dans leur surface traiteur. «Ritaline» doit mériter le sobriquet.

Le «Kim Jong-un» des TPG

Mais Clivaz, c’est aussi «Kim Jong-un». Un troisième surnom acquis au conseil d’administration des Transports publics genevois (TPG), où il entre en 2009 et qu’il quitte au début de l’été dernier. Le Valaisan aurait-il démontré des dispositions à la prépotence, qui lui valurent le nom du dictateur nord-coréen? «Je ne suis pas favorable aux discussions sans fin. En Valais, on ne pose pas la question, on fait». Si Christophe Clivaz s’est habitué aux palabres de la République, il n’en a pas moins tenté de faire bouger les choses. Avec quelque succès en restructurant des départements et en trouvant de nouvelles sources de revenus, et malgré l’échec de TPG Vélo, un système de bicyclettes en libre-service. «C’est dommage que les transports soient l’objet d’une opposition perpétuelle au Conseil d’Etat». Entendez, le prétexte idéal pour enquiquiner le conseiller d’Etat Luc Barthassat.

Démocrate-chrétien par atavisme familial

Tout comme ce dernier, Clivaz est démocrate-chrétien, par atavisme familial. En Valais, la couleur politique se transmet encore souvent par le patronyme. Christophe ne saurait malmener son père qui porta le sien à la présidence de la commune de Randogne durant seize ans. Mais dans un monde libre de joug culturel, il aurait été un libéral humaniste, protestant de surcroît, de son propre aveu. Absence de réelles convictions ou impossibilité de s’affranchir, «Kim Jong-un»? Un peu des deux peut-être. Si Christophe Clivaz aime briller à New Delhi, porte-drapeau de l’éducation suisse mariant conservatisme et paillettes, à Genève il préfère le couvert des cercles du pouvoir. «Comme je ne suis pas actif en politique, les élus ne savent pas qui je suis», s’amuse-t-il. Ce qui lui laisse toute latitude pour observer les intrigues de palais, nez au vent.

Au cas où un autre conseil d’administration, une nouvelle commission, lui offrirait un strapontin, d’où il pourrait aiguiser sa curiosité et satisfaire, aussi, une appétence pour le pouvoir. Non pas celui qu’on affiche, mais celui qu’on arrache dans l’ombre et dont on joue en coulisses pour le bien commun, dit-on. Celui qui comblera Kim Jong-un version douce, nourrira «Ritaline» et offrira à Micheline une cuisine savoureuse et plus piquante. Vous l’appellerez alors un lundi, et il sera à Genève.


Profil

1974 Naissance à Sierre

1994 Mort de son père, qui fut cofondateur de l’Ecole des Roches, hôtelier, président de la commune de Randogne et président de l’organisation de championnat du monde de ski alpin en 1987

2002 Mariage avec Alexandra Buttler, avocate, trois enfants

2006 Création de Swiss Learning, présente à Shanghai, à Tokyo, au Mexique et en Inde

2015-2016 Président ad interim des Transports publics genevois (TPG)

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