A quelques jours de l'élection du gouvernement, Christophe Darbellay examine les différentes options qui s'offrent à son parti pour retrouver un second siège au Conseil fédéral. Les parlementaires du PDC décideront mardi qui ils éliront. Christophe Darbellay exclut une candidature démocrate-chrétienne officielle, tout en trahissant une certaine impatience.

Le Temps: Il y a une semaine, vous parliez d'organiser des auditions avec les conseillers fédéraux pour vous déterminer sur leur réélection. L'idée a-t-elle été abandonnée?

Christophe Darbellay: Non, nous avons chargé notre chef de groupe parlementaire, Urs Schwaller, de rencontrer les membres du collège. Des auditions de tous les conseillers fédéraux devant l'ensemble de nos parlementaires auraient été fastidieuses. Urs Schwaller a rencontré entre autres Christoph Blocher mardi soir. Il rapportera le résultat de l'entretien au groupe parlementaire, qui se déterminera mardi, à bulletins secrets, sur les personnes qu'il souhaite soutenir. Les résultats seront communiqués.

- Outre celui de Doris Leuthard, la liste comportera-t-elle le nom d'un autre PDC?

- Non, sauf surprise de dernière minute.

- Après avoir clamé pendant toute la campagne des élections fédérales qu'il voulait un second siège au Conseil fédéral, le PDC optera-t-il donc pour le statu quo, au risque de décevoir sa base?

- Notre base, c'est vrai, attend un deuxième siège au Conseil fédéral. Elle veut un parti profilé, courageux et qui suscite des émotions. Et je pense que si j'avais fait voter la base sur ses ambitions pour le 12 décembre, elle aurait été plus conquérante que nos parlementaires, du moins pour l'instant. Elle n'a pas envie qu'on lui confisque la victoire du 21 octobre. Maintenant, il faut bien réfléchir au meilleur moment et à la meilleure constellation pour obtenir un second siège.

- Aujourd'hui, la gauche vous offre un siège sur un plateau, alors qu'après le départ de Pascal Couchepin, contre les radicaux, il faudra le conquérir...

- En effet, il sera peut-être plus difficile d'aller le chercher dans deux ans. Aujourd'hui, on connaît les camps et les forces en présence. Par la suite, Pascal Couchepin ne s'en ira pas n'importe quand. Il choisira le moment auquel il sera assuré qu'un radical lui succédera. En outre, le Neuchâtelois Didier Burkhalter, pressenti pour reprendre le flambeau, ou le Vaudois Pascal Broulis pourrait parvenir à diviser la gauche, dont une partie préférera ces radicaux modérés à un démocrate-chrétien. Il faut en être conscient. C'est pour cela que la question doit se poser aujourd'hui encore: quel est le meilleur moment pour passer à l'offensive?

- Implicitement, vous y répondez: c'est le 12 décembre...

- Cela pourrait être le 12 décembre, mais nous n'avons pas de candidat...

- Urs Schwaller serait un candidat idéal. Ou vous-même?

- Je vous le répète: le PDC n'a pas fait acte de candidature officielle pour le 12 décembre.

- Urs Schwaller l'a encore dit récemment, l'adversaire numéro un du PDC est l'UDC, alors que les radicaux sont toujours présentés comme «l'allié naturel». Il serait donc logique que vous attaquiez Christoph Blocher...

- Du point de vue de la création d'une concordance de contenu, c'est certain. Mais uniquement à condition que les radicaux travaillent avec nous. Les radicaux doivent choisir quel est leur allié naturel: l'UDC ou le PDC. Il y a deux visions de la concordance qui s'affrontent: l'arithmétique voudrait que l'on maintienne deux UDC au pouvoir et que l'on attaque un radical. Et la concordance sur le fond voudrait que l'on s'attaque à Christoph Blocher, à moins que l'UDC n'accepte les conditions minimales que nous avons abordées dans les auditions.

- La concordance arithmétique semble de toute façon condamnée, et vous en serez le fossoyeur. Vous la tuerez au plus tard dans deux ans en vous attaquant à Pascal Couchepin. Car d'un point de vue strictement arithmétique, votre second siège n'est pas complètement légitime...

- C'est faux, nous occupons déjà plus de sièges que les radicaux à Berne. Cela dit, il est vraisemblable que la concordance arithmétique cède la place, tôt ou tard, à une concordance de contenu, que nous avons d'ailleurs toujours appelée de nos vœux.

- Si un changement de dernière minute devait se produire, Urs Schwaller, ancien conseiller d'Etat, sénateur, Alémanique, perçu comme étant plus à droite, serait mieux placé que vous...

- Je ne crois pas qu'il soit plus à droite que moi. C'est une question d'image, liée à mes débuts au Parti chrétien-social en Valais. Pour le reste, il n'y a pas de rivalité entre nous. Je suis convaincu que si Urs Schwaller souhaite se porter candidat, il a d'excellentes chances. Et je le soutiendrai. Aujourd'hui, ce serait son heure.

- Vous-même, vous seriez mieux placé dans deux ans, après le départ de Pascal Couchepin. Si ce n'est que vous aurez un choix douloureux à faire: vous porter candidat au Conseil d'Etat valaisan, en étant assuré de vous faire élire, ou faire le pari risqué du Conseil fédéral...

- Je le répète: Pascal Couchepin ne partira pas tant qu'il n'aura pas la conviction qu'un radical lui succédera.

- Du coup, privilégierez-vous une candidature au Conseil d'Etat en 2009?

- Je suis en train de mener cette réflexion. C'est une décision extrêmement difficile. J'ai un rôle très intéressant à la tête du PDC, et j'ai de nombreux chantiers que je souhaite achever. En même temps, j'adore le Valais. Mon choix n'est pas fait. Et je ne compte pas me précipiter.