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En provoquant Oskar Freysinger sur la formation, Christophe Darbellay pourra à la fois critiquer son bilan et rappeler indéfiniment le psychodrame de l’affaire Jean-Marie Cleusix.
© Keystone / Olivier Maire

Valais

Christophe Darbellay défie Oskar Freysinger sur l’école

L’ancien président du PDC suisse revendique le département de la formation, dirigé par le ministre UDC. En attaquant le bilan d’Oskar Freysinger, Christophe Darbellay transforme le duel en débat sur l’école

Christophe Darbellay baisse la voix: «Donnez-moi une voix de plus que lui, et je revendiquerai la formation». Les militants applaudissent. Dans toutes les assemblées régionales démocrates chrétiennes, la même scène se répète. En campagne pour une place au gouvernement et en guerre contre le ministre Oskar Freysinger, Christophe Darbellay défie l’ancien enseignant sur son domaine de spécialisation. Depuis quatre ans, il martèle que les démocrates chrétiens ont commis une erreur: «Ils auraient dû reprendre l’école, comme le demandait la base du parti.»

Sollicité à plusieurs reprises, Oskar Freysinger a choisi d’ignorer les questions du Temps. Il fait néanmoins remarquer que l’attribution des départements dépend du règlement du Conseil d’Etat: «Je ne répondrai pas aux provocations de Christophe Darbellay». Pour le reste, il renvoie au bilan qu’il a rédigé pour sa campagne. Le ministre y vante surtout les révisions des lois sur l’enseignement spécialisé et sur l’école primaire. Il a aussi déprécié l’histoire, la géographie et les sciences, pour mieux valoriser le français et les maths.

En mars dernier, Oskar Freysinger publiait ses dix thèses sur l’école, qui plaident pour un retour aux fondamentaux: «N’en déplaise aux mauvaises langues, elles ont été chaleureusement accueillies par un grand nombre de professionnels». Selon les représentants des associations d’enseignants, pourtant, «le ministre enfonce des portes ouvertes» ou «revient à l’école des régents». Le document s’inspire du programme gouvernemental de l’UDC valaisanne et du catalogue de revendications publié par l’UDC Suisse en 2010.

Lire aussi: L’école fantasmée selon Oskar Freysinger

Débat de société

Entre Oskar Freysinger et Christophe Darbellay, le duel électoral tourne au débat de société. Pour l’ancien président du PDC suisse, «l’économie et la formation sont indissociables» et «dans un gouvernement valaisan idéal, elles participeraient du même département, comme sur le plan fédéral». Dans son programme, il énumère la santé, le tourisme et la construction: «Plutôt que de recourir systématiquement à l’immigration, il faut sensibiliser les jeunes aux professions dont le Valais a besoin.»

Nous voulons une société où l’école ne fabrique pas de la force de travail, mais éduque des êtres humains

Le ministre de la formation lui répond dans ses propres documents de campagne. Oskar Freysinger entend «élaborer une école qui considère l’élève comme une fin en soi et pas comme un pur vecteur économique» et «cela signifie maintenir les services de l’enseignement et de l’économie dans des départements séparés». Il surenchérit sur son blog: «Nous voulons une société où l’école ne fabrique pas de la force de travail, mais éduque des êtres humains.»

Les programmes des deux candidats sur l’école définissent des principes progressistes ou conservateurs. Celui de Christophe Darbellay insiste sur la valorisation du bilinguisme et l’intégration des personnes en situation de handicap. Celui d’Oskar Freysinger assure la promotion de la culture classique tout en espérant «juguler l’hétérogénéité des classes». En provoquant le ministre sur la formation, le démocrate chrétien sait qu’il pourra à la fois critiquer son bilan et rappeler indéfiniment le psychodrame de l’affaire Jean-Marie Cleusix.

Le spectre de l’affaire Cleusix

Après trois années ponctuées de plusieurs polémiques, le chef du service de l’enseignement a quitté son poste, acculé à une démission négociée. Un groupe de travail mandaté par le gouvernement a relevé plusieurs dysfonctionnements dans le service. Après avoir longtemps défendu le fonctionnaire, même lorsque le parlement votait sa suspension, Oskar Freysinger a fini par s’en désolidariser peu avant les élections. Désormais, il se défend: «Une fois le problème identifié, j’ai trouvé une solution rapide.»

Oskar Freysinger a négligé l’enseignement obligatoire et le lien de confiance entre l’école, l’administration et la population a beaucoup souffert

Pas vraiment convaincu, Christophe Darbellay insiste: «Oskar Freysinger a écarté un chef de service compétent dont les contribuables assument toujours le salaire, et il lui a fallu ensuite trois ans pour nommer une personne qui convienne à la tâche». En interrogeant un bilan «presque inexistant», il insiste: «Oskar Freysinger a négligé l’enseignement obligatoire et le lien de confiance entre l’école, l’administration et la population a beaucoup souffert.»

Lire aussi: Jean-Marie Cleusix, le fonctionnaire que les Valaisans adorent détester

Un bilan «insuffisant»

Les représentants des associations d’enseignants refusent d’arbitrer le duel mais confient leur malaise: «Le bilan d’Oskar Freysinger est insuffisant». Président de la Société Pédagogique Valaisanne, Oliviez Solioz estime que «le chef de Département n’a jamais donné d’impulsion, ni pris la moindre mesure d’envergure» et que «les rares nouveautés qu’il a introduites ont été imposées de manière autoritaire». Il résume: «Oskar Freysinger a confié l’école obligatoire à Jean-Marie Cleusix, sans assumer la mission de contrôle et de surveillance qui lui incombait.»

Après de longues tractations, le débat sur la formation de la chaîne de télévision valaisanne canal9 opposera finalement Christophe Darbellay à Oskar Freysinger. Pendant des mois, le premier a répété qu’il souhaitait éviter un «combat de coqs» contre le second. La candidature du démocrate-chrétien Nicolas Voide aux côtés du ministre UDC a définitivement mué la campagne en duel entre les deux anciens conseillers nationaux. En tranchant entre la droite économique et la droite conservatrice, leurs électeurs devront aussi définir l’école qu’ils souhaitent pour le Valais.

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