Au parlement fédéral, les démocrates-chrétiens sont plongés dans l’embarras. «Aucune motion sur la burqa ne sera déposée au nom du PDC», assure le chef du groupe, Urs Schwaller. Mais le président du parti, Christophe Darbellay, déposera malgré tout, en son nom propre, une intervention parlementaire à ce sujet. «J’ai promis d’agir avant la fin de la session (ndlr: elle se termine le 11 décembre)», prévient-il. «Je vais donc le faire, en attendant que le courage renaisse chez ceux qui étaient d’accord avec une interdiction de la burqa la semaine passée.» Sous-entendu au PDC.

Comment le PDC, justement, en est-il arrivé là? Christophe Darbellay, habitué aux déclarations chocs, a-t-il «une fois encore» parlé trop vite, comme le lui reprochent des collègues? De toute évidence, les propos tenus par le Valaisan depuis la votation sur les minarets ont mis le feu aux poudres. Lundi, le conseiller national, désireux d’«apporter des réponses à un vote qui ne découle pas uniquement de l’ignorance», annonçait à grand fracas le prochain dépôt, par le PDC, de toute une série d’interventions touchant à l’intégration des musulmans (LT du 01.12.2009). Christophe Darbellay – qui a déjà interpellé le Conseil fédéral en 2006 à ce propos – évoquait notamment une interdiction de la burqa. Avant de se voir reprocher, sous la Coupole, de sauter dans le train en marche.

Polémique sur les cimetières

La polémique a enflé jeudi, à la suite de certains propos tenus par le président du PDC sur la chaîne de télévision privée Tele M1. Selon les médias alémaniques, ces propos visaient à interdire les cimetières juifs ou musulmans. Si elles peuvent être interprétées de la sorte, les déclarations de Christophe Darbellay, visibles sur Internet, ne sont toutefois pas aussi catégoriques. En substance, le Valaisan estime que, en matière de cimetières, il ne devrait plus y avoir de nouvelles exceptions pour des motifs religieux ou spirituels. Les cimetières juifs ne posent aucun problème, a-t-il précisé, en se montrant restrictif, «à l’avenir», sur les emplacements spécifiques pour les musulmans.

Ces propos de Christophe Darbellay, jugés maladroits et contre-productifs, ont d’ailleurs fait réagir les fédérations juives. Celles-ci ont dénoncé une remise en question «de la liberté de conscience et de croyance et les droits des minorités religieuses». Elles exigent du PDC «une prise de position sur les déclarations de son président et attendent qu’il se déclare sans ambiguïté en faveur de la liberté religieuse en Suisse».

Le PDC n’avait pourtant pas attendu longtemps, en début de semaine, avant de remettre les pendules à l’heure. Lors de la séance de groupe de mardi, consacrée notamment aux résultats de la votation, une majorité d’élus ont réagi négativement à la proposition de Christophe Darbellay de déposer des interventions sur des thèmes touchant à l’islam. Ses propositions sur la burqa n’ont pas non plus récolté de majorité.

Les slaloms du président

«C’est pourtant un objet de discussion en France, en Belgique ou au Danemark», précise Christophe Darbellay au Temps. «Même s’il ne devait s’agir que de trente cas en Suisse, ce seraient trente cas de trop. La burqa est incompatible avec l’intégration et l’égalité des chances.» Et Christophe Darbellay, amer, de préciser: «J’avais pourtant proposé à la présidence du PDC, une semaine avant la votation, de reparler de la formation des imams ou de l’interdiction de la burqa. Personne ne s’y est opposé.»

Le chef du groupe PDC, Urs Schwaller, tempère. «Effectivement, personne n’a réagi. Mais personne ne tablait sur un oui à l’initiative anti-minarets. La donne a changé, il faut en tirer les conséquences.» Pour le sénateur fribourgeois, il importe de ne pas jeter de l’huile sur le feu après le vote. «Evitons de courir après les autres», lâche-t-il encore, manifestement à l’adresse de Christophe Darbellay. Pour l’heure, le PDC compte interpeller le Conseil fédéral sur les conséquences du vote anti-minarets. «Nous allons aussi reparler du contrat d’intégration», explique Urs Schwaller. Christophe Darbellay, souligne-t-il, est libre d’entreprendre des actions personnelles.

Une cassure au PDC? Voire. Si la tension monte au sein du parti, ce dernier est habitué aux «slaloms» de son président. Opposé à la hausse des tarifs CFF un jour, pour les juger acceptables le lendemain, rêvant de bouter Christoph Blocher hors du Conseil fédéral, avant de revenir sur cette idée pour, enfin, participer à sa chute en 2007: la parole du Valaisan lui a plus d’une fois joué des tours.