Valais

Pour Christophe Darbellay, «la gestion du Valais doit changer»

Candidat au Conseil d’Etat valaisan, Christophe Darbellay souhaite diriger le département de l’économie, de l’énergie et du territoire

Il était encore président des démocrates chrétiens suisse le mois dernier. A 45 ans, Christophe Darbellay brigue désormais une place au gouvernement valaisan. Ce jeudi, le congrès du PDC du Valais romand plébiscitera sa candidature aux élections de mars 2017.

Le Temps: Vous voulez une place au Conseil d’Etat valaisan après douze ans à Berne. Vous faites une carrière à l’envers?

Christophe Darbellay: Non, le gouvernement valaisan a toujours été mon ambition première. J’avais déjà tenté ma chance il y a huit ans. Une dizaine de parlementaires fédéraux ont suivi la même voie ces dernières années, comme Antonio Hodgers à Genève.

- Votre ambition première n’était pas le Conseil fédéral?

- Faux: J’ai toujours voulu être conseiller d’Etat. Je ne ferme pas les portes de Berne, mais pour devenir Conseiller fédéral, le facteur chance devient déterminant. En décembre dernier, le meilleur candidat était romand et Guy Parmelin a été élu. Désormais, les francophones devront être patients.

- Avec vous, le parti démocrate chrétien espère conserver trois des cinq sièges de l’exécutif valaisan et continuer à décider de tout. Pourtant, il ne représente plus que 40% de l’électorat du canton.

- Les socialistes détiennent trois des cinq sièges de l’exécutif neuchâtelois alors qu’il représentent moins de 30% de la force électorale. Et je ne crois pas qu’ils décident de tout. Le Conseil d’Etat traite des dossiers qui dépassent les intérêts partisans. Le centre-droit inspire la confiance pour gouverner. Le PLR et le PDC ont bâti la Suisse.

- Donc vous souhaitez que le PLR retrouve sa place au gouvernement valaisan?

- Il ne faut pas surinterpréter mes propos. Sur l’échiquier politique valaisan, tout rapproche le PLR et le PDC. Même si ce sont des ennemis héréditaires, ils devraient être capables de s’entendre intelligemment. Mais il ne s’agit pas de se répartir le monde, il faut débattre concrètement des vrais projets.

- Justement, on a compris que vous vouliez le pouvoir, mais on ne sait toujours pas ce que vous comptez en faire.

- Je présenterai mon programme cet automne. Ma première priorité, c’est l’emploi, et donc les conditions-cadres de l’économie. Pour la réforme de l’imposition des entreprises, le Valais prévoit un taux d’imposition plus élevé que celui du canton de Vaud. Pouvons-nous vraiment nous permettre d’être moins attractifs? Ma seconde priorité, c’est le tourisme. Sous certaines conditions, l’Etat doit participer au financement des remontées mécaniques, qui sont des infrastructures d’intérêt public, comme les routes de montagne. Il doit aussi promouvoir la destination et favoriser le regroupement des acteurs. A eux, ensuite, de réinventer un modèle touristique 2.0 qui s’adresse à la classe moyenne suisse et européenne. Nous avons dix ans pour le faire.

- On comprend que vous visez le département de l’économie, de l’énergie et du territoire (DEET), qui appartenait à Jean-Michel Cina. Vous ne souhaitiez pas récupérer la formation?

- Le DEET concentre les grands enjeux du futur. L’énergie sera le dossier clé de la prochaine législature et tout n’est pas encore décidé dans le dossier épineux de l’aménagement du territoire. Enfin, il y a le rêve d’organiser des jeux olympiques d’hiver. Mais, l’éducation m’intéressera toujours. Dans un gouvernement valaisan idéal, l’économie et la formation participeraient du même département, comme à Berne. Les deux sont indissociables.

- Oskar Freysinger ne vous cédera jamais le département de la formation.

- Je doute qu’Oskar Freysinger s’en désintéresse, effectivement. En Valais, le parti de la famille a commis une erreur historique en laissant la formation à l’UDC. Je le dis depuis presque quatre ans et il faudra du temps pour la corriger.

- Vous serez capable de travailler avec Oskar Freysinger, fondateur de ce que vous aviez appelé «une secte de débiles»?

- Ce discours, un brin enflammé, date de 2011. Il a été prononcé dans un contexte très précis et il ne visait pas Oskar Feysinger. A l’UDC, je garde quelques ennemis coriaces mais aussi de vrais amis, comme dans tous les partis. Oskar Freysinger, je le connais et je saurai collaborer avec lui parce qu’un gouvernement doit fonctionner en équipe. Je ne négocierai pas dans la peur et je n’aurai pas peur de négocier. Je ne serai pas non plus à sa merci, comme d’autres ont pu l’être.

- Avec Maurice Tornay, ce sont les plus conservateurs des démocrates chrétiens que vous écartez du gouvernement. Ces gens-là ne préféreront-ils pas voter pour l’UDC plutôt que pour un chrétien social?

- Je ne sais pas qui sont ces conservateurs dont vous me parlez et je n’ai écarté personne. Chacun est libre de se présenter devant le parti. Je ne renie pas ma responsabilité sociale, mais les ratings me situent régulièrement à droite du centre. Malgré la lutte qui nous a opposé, j’ai soutenu Maurice Tornay à chaque élection.

- Il aura été le ministre de l’affaire Giroud et de la crise de l’hôpital du Valais. Est-ce que vous avez vraiment le profil pour rompre avec le clientélisme que beaucoup dénoncent?

- Je le pense. J’ai réalisé l’essentiel de ma carrière professionnelle et politique à l’extérieur du canton. Ce que j’ai pu constater, c’est qu’il n’y a pas plus d’affaire en Valais qu’ailleurs. Seulement, on en parle plus. Jusqu’ici, nous n’avons pas été assez habiles pour les régler rapidement. J’espère que le canton se nourrira bientôt de projets plutôt que d’affaires.

- Pour ça, ne faudrait-il pas commencer par faire le ménage?

- Il ne s’agit pas de faire le ménage. C’est la gestion du canton qui doit changer.

Lire également : Maurice Tornay s’efface devant Christophe Darbellay


Le prochain gouvernement valaisan se dessine

Ce jeudi, le congrès du PDC du Valais romand validera sans surprise les candidatures du conseiller d’Etat sortant Jacques Melly, et de l’ancien président du parti national, Christophe Darbellay. Les démocrates chrétiens espèrent conserver trois des cinq ministres qui composeront le prochain gouvernement valaisan. Dans le Haut-Valais, chrétiens sociaux et conservateurs se disputent la place laissée libre par Jean-Michel Cina. Tout indique que le conseiller national Roberto Schmidt complétera la liste du parti pour le scrutin de mars 2017.

Depuis quelques semaines, les socialistes du Haut et du Bas-Valais se font la guerre. Ancien président du Conseil national, Stéphane Rossini ne cache pas son intérêt pour le fauteuil de la ministre Esther Waeber-Kalbermatten. Fin avril, cinq anciens présidents du parti romand ont demandé à la conseillère d’Etat de se déterminer rapidement sur son avenir. Une semaine plus tard, sans les en informer, elle annonçait dans les médias sa volonté de conserver le poste. Désormais, tout laisse penser que Stéphane Rossini n’insistera pas. Pour sauver l’unique siège des socialistes au gouvernement, Esther Waeber-Kalbermatten espère réunir une troisième fois les voix de la gauche, des femmes, et des Hauts-valaisans.

Assurés de la réélection de leur champion Oskar Freysinger, les dirigeants de l’UDC attendent patiemment de connaître leurs adversaires avant d’arrêter leur stratégie. Les démocrates du centre n’ont rien à perdre. Les dernières élections nationales ont confirmé la forte progression du parti dans le Haut-Valais. Même si le nouveau conseiller national Franz Ruppen semble préférer lutter pour la présidence de Naters, et même si Oskar Freysinger reste parfait bilingue, il serait étonnant qu’un candidat alémanique ne l’accompagne pas dans ce combat.

Les libéraux radicaux semblent empruntés. En octobre dernier, Pierre-Alain Grichting avait échoué de peu à briser le monopole historique des démocrates chrétiens valaisans au Conseil des Etats. Aujourd’hui, il semble mieux armé que personne pour permettre au PLR de reconquérir le siège perdu face à Oskar Freysinger en 2013. Mais il n’est pas sûr que ce chef d’entreprise souhaite repartir en campagne. Les présidents libéraux radicaux de Martigny et Sion ont quitté leur fauteuil en annonçant qu’ils ne brigueraient pas le Conseil d’Etat. Les élections communales d’octobre 2016 clarifieront sans doute le jeu.

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