Le jeu était stable. Trop stable pour Christophe Darbellay, qui a ouvert une brèche au sein du PDC valaisan. Alors que les trois conseillers d’Etat sortants devaient se représenter en mars 2013, il a proposé un quatrième candidat PDC originaire du Haut-Valais. Pour mobiliser l’électorat germanophone, disait-il. Le parti a évidemment refusé cette proposition que les Haut-Valaisans jugeaient suicidaire, comprise comme une menace à l’égard de leur actuel représentant, Jean-Michel Cina, et brisant tous les accords de tournus entre les sections du parti.

Pourquoi un ténor du parti, élu à Berne, a-t-il semé une idée aussi conflictuelle? «Celui qui veut ouvrir le jeu est celui qui a intérêt à modifier l’équilibre des forces pour pouvoir se présenter au deuxième tour», estime Oskar Freysinger, candidat UDC au gouvernement valaisan, en faisant allusion aux appétits de Christophe Darbellay pour le Conseil d’Etat.

Après le refus du Haut-Valais, le rédacteur en chef du Nouvelliste a menacé les sections germanophones du parti d’une rupture totale: «Le PDC du Valais romand comptera les voix au soir du premier tour. Et si l’objectif de 10 000 voix de plus pour Maurice Tornay et Jacques Melly (les deux PDC sortants du Valais romand, ndlr) par rapport à il y a quatre ans n’est pas rempli, il se réserve le droit de changer d’alliance entre les deux tours. Au profit, par exemple, des libéraux-radicaux.» Ou de justifier un changement de candidat sur la liste PDC au second tour pour y glisser Christophe Darbellay?

«Mon but, c’est le Conseil d’Etat valaisan», affirmait l’intéressé dans la NZZ en août. «Mais il est possible que je doive attendre 2017 pour avoir une chance de me présenter», ajoutait-il. Avec le risque d’avoir un trou de deux ans dans sa carrière politique. En effet, il ne pourra pas briguer un nouveau mandat fédéral en 2015 et c’est aussi à cette date que sa législature comme président du PDC suisse prend fin. «Je ne serai pas candidat au Conseil d’Etat en 2013», rétorque Christophe Darbellay. «En cas de catastrophe, je me tiendrai à disposition de mon parti même si je ferai tout mon possible pour l’éviter et faire réélire nos trois sortants», explique celui qui fut évincé par Maurice Tornay devant le congrès du parti en 2008.

Le conseiller d’Etat Jacques Melly est régulièrement désigné comme le plus faible des candidats PDC, empêtré dans des dossiers difficiles et impopulaires comme la construction de l’autoroute ou la troisième correction du Rhône. «En même temps, il représente le district de Sierre, le plus grand et le plus important pour le parti, puisqu’il comprend le val d’Anniviers et la station de Crans-Montana», souffle un commentateur proche de Christophe Darbellay. Pour d’autres, c’est Jean-Michel Cina, dans le collimateur d’une partie du Valais romand pour ses positions en ­matière de tourisme ou d’aménagement du territoire, qui est en danger.

Pour l’heure, le duel entre le PLR Christian Varone et l’UDC Oskar Freysinger, tous deux domiciliés à Savièse, concentre les enjeux dans le Valais central et protège les trois sièges PDC. Une liste à quatre candidats aurait redistribué les cartes, en fragilisant les sortants mais aussi en liguant les minorités contre le parti. «S’ils avaient fait ce choix, j’aurais dû revoir totalement ma stratégie», raconte Oskar Freysinger. «J’aurais tenté d’opposer le pluralisme du 2-1-1-1 (deux PDC, un socialiste, un PLR et un UDC, ndlr), reflétant les forces politiques réelles, au 4-1 proposé par le PDC.» Soit attaquer un siège PDC en déplaçant les papiers de l’un des deux candidats minoritaires habitant Savièse.

Le PDC ayant renoncé à cette variante, il reste la possibilité que Christian Varone, trop handicapé par sa pierre turque, ne soit finalement pas le candidat du PLR. Si le parti présentait quelqu’un du Valais central, cela pourrait peut-être déstabiliser le siège de Jacques Melly. Et ouvrir la porte à Christophe Darbellay…

«En cas de catastrophe, je me tiendrai à disposition de mon parti»