Le phénomène Darbellay a frappé fort, une nouvelle fois, mercredi soir à Saxon. S'imposant comme candidat officiel du district de Martigny pour le Conseil d'Etat à une majorité beaucoup plus nette que toutes les spéculations de couloir et autres analyses politiques ne le laissaient supposer, Christophe Darbellay a réaffirmé son énorme capacité de mobilisation.

Trois fois plus de membres

C'est, en premier lieu, par le nombre que l'on peut expliquer cette consécration (605 voix contre 325 pour son adversaire Nicolas Voide). Devant le flot continu de votants investissant les lieux mercredi, et dès lors que le gage du succès était d'ordre arithmétique, son chef de campagne, Frédéric Giroud, avait cette analyse: «Si on est 1000, on a gagné. L'autre camp a une capacité de mobilisation avoisinant 350 ou 400 personnes.» Il ne cachait pas avoir multiplié les «coups de fil» dans l'après-midi pour enrôler davantage.

Reste qu'on n'avait jamais vu défiler un millier de personnes à l'isoloir pour une élection primaire en Valais. Cette frénésie réjouit et scandalise à la fois au sein du parti. Elle est le signe d'un certain dynamisme. Mais elle est aussi la preuve que les candidats ont ratissé à l'excès pour trouver du soutien. Alors qu'on dénombrait 600 membres PDC dans le district il y a quelques mois, le compteur n'affichait pas moins de 2100 adhérents ces dernières semaines.

Des lobbyistes d'un soir

Ces méthodes inspirent la question suivante: est-il bien légitime, pour l'équilibre d'un parti, d'aller recruter jusque dans les rangs UDC, pour les uns, des jeunes qui n'ont pas la majorité, pour les autres, ou encore des membres de communautés étrangères, comme ce fut le cas à Saxon, pour s'offrir une victoire sur le tard? D'autant que ces adhérents de la dernière heure n'ont peut-être bien été que des lobbyistes d'un soir et se détourneront du parti une fois l'échéance électorale passée. Réponse de Christophe Darbellay: «Aujourd'hui, on ne peut plus être PDC de père en fils. Les jeunes votants mobilisés mercredi n'oublieront jamais cette élection. Les statuts du parti ont peut-être quelques imperfections, mais tout cela, en fin de compte, n'est rien d'autre que du militantisme.»

Si Christophe Darbellay est aujourd'hui le candidat attitré de son district, il doit encore convaincre les membres du PDC du Valais romand de le faire figurer sur la liste des papables le 6 juin, devant le congrès cantonal. Ce jour-là, il se mesurera à Maurice Tornay, le candidat unique du district d'Entremont, ancien chef de groupe au Grand Conseil et administrateur du Nouvelliste. Une nouvelle mêlée que le «centre avant» de la politique valaisanne n'a pas l'assurance de remporter. «A Martigny, dans le camp adverse, on avait affaire à un réseau très fort. La prochaine élection ne sera pas facile, mais elle sera moins difficile», admettait-il au lendemain de son investiture par le district.

Dans cette course-là, deux camps bien distincts s'affrontent. D'un côté, une foule de représentants très conservateurs du parti, réunis derrière Maurice Tornay. Comme si ce conservatisme se faisait trop collant, Maurice Tornay a d'ores et déjà annoncé une conférence de presse lundi prochain pour présenter «dix propositions novatrices, voire révolutionnaires pour les dix prochaines années en Valais».

Clés en main

Si certains prétendent que l'opportunité d'un poste au gouvernement intervient dix ans trop tôt dans le parcours de Christophe Darbellay, d'autres à l'inverse ergotent qu'elle tombe dix ans trop tard pour Maurice Tornay, qui fête ses 55 ans cette année. Face à lui, on retrouve le réseau tentaculaire de Darbellay, y compris en dehors du district. «Il est né à Liddes, a grandi à Conthey. Il a une grand-mère à Lens, une autre en Anniviers», commente cet observateur.

Reste qu'en briguant un poste au Conseil d'Etat, et en renonçant ainsi au mandat de conseiller national pour lequel les votants lui ont accordé leur confiance en octobre dernier, Christophe Darbellay peut être accusé de trahir ses électeurs. Et cela pourrait peser sur le vote du 6 juin. «L'histoire ne repasse pas les plats», «le pouvoir transite vers les gouvernements cantonaux», martèle le camp Darbellay pour justifier la volte-face. Et si, en gage de cohérence, il ne s'était tout simplement pas porté candidat au Conseil national en octobre, vu ses velléités gouvernementales? «Le PDC aurait eu un siège de moins au Conseil national. Il a tiré la liste», répond son chef de campagne.

L'électeur lambda n'a pas eu son mot à dire dans le duel qui opposait Nicolas Voide à Christophe Darbellay mercredi. A l'identique, si les membres du PDC du Valais romand optent pour une liste fermée le 6 juin, le peuple n'aura pas à se prononcer pour dire sa préférence entre Christophe Darbellay et Maurice Tornay pour briguer le siège au Conseil d'Etat qui revient au Bas-Valais. Il se verra, en quelque sorte, imposer une liste d'élus clés en main. Comme au bon vieux temps.