Pour le libéral-radical Frédéric Favre, «il n’y a pas eu de période d’essai». Selon le démocrate-chrétien Roberto Schmidt, «les attentes sont importantes» et «la population surestime peut-être notre pouvoir». Au centre, Christophe Darbellay sourit. Ce mardi, quatre mois après l’élection qui leur a permis d’évincer Oskar Freysinger et l’UDC du Conseil d’Etat, les trois nouveaux ministres valaisans dressent le bilan de leurs 100 premiers jours au gouvernement.

Jusqu’ici, ils semblent toujours bénéficier de la dynamique du scrutin de mars dernier. Après douze ans au parlement national, dont dix à la tête des démocrates-chrétiens suisses, Christophe Darbellay passe pour le chef naturel d’un collège dominé par son parti.

Le Temps: Les dernières élections semblent avoir suscité des espoirs inédits. Vous ne craignez pas de décevoir les Valaisans?

Christophe Darbellay: Nous souhaitons leur montrer que nous sommes capables de travailler ensemble et j’espère que nous ne les décevrons pas! J’aimerais leur dire que l’action d’un gouvernement s’inscrit dans la durée.

Aujourd’hui, le Valais progresse sensiblement mais il affrontera encore des situations difficiles. J’espère que la cohésion du nouveau Conseil d’Etat et la dynamique du nouveau parlement nous apporteront le succès à long terme.

- Vous travaillez depuis 100 jours. Où est ce Valais futuriste que vous avez promis?

- Lonza développe un projet high-tech nommé IBEX dans le Haut-Valais. D’autres projets novateurs positionneront le Valais dans un monde global. Ce canton n’est pas celui des clichés que les médias aiment entretenir, mais c’est une terre d’innovation. La formation et la recherche seront les bases futures de l’économie valaisanne.

- En juillet, Lonza a effectivement promis des centaines d’emplois supplémentaires à Viège. Ce ne sont pas les fruits du travail de votre prédécesseur?

- Jean-Michel Cina avait annoncé 250 emplois et près de 300 millions de francs d’investissements en début d’année. Il y a désormais un nouveau projet, dont j’ai été informé dès les premiers jours de mon activité. Pour le concrétiser, nous devons améliorer nos conditions-cadres afin d’être plus performants en matière de fiscalité et de procédures. Il s’agit d’attirer les meilleurs spécialistes tout en offrant des opportunités professionnelles aux jeunes Valaisans.

- On comprend que vous misez sur la formation. En quoi votre école sera-t-elle différente de celle d’Oskar Freysinger?

- Il n’y a pas d’enseignement sans une certaine liberté. Je compte sur le dialogue pour restaurer le climat de confiance. Notre école reste l’une des meilleures de Suisse et elle doit devenir l’une des meilleures d’Europe, sans exclure les élèves en difficulté. Nous sommes le premier canton à réunir économie et formation. Pour certains, c’est une hérésie. Pour ma part, je crois que nous devons encourager les gens à se former dans les secteurs où nous manquons de cerveaux et de bras.

- Dès les premiers jours, vous avez durement critiqué l’héritage d’Oskar Freysinger. Vous tentez d’anticiper les reproches qui pourraient vous être adressés?

- Non, je sais que je serai jugé sur ce que j’aurai fait. Mais il y avait une nécessité de dire des mots forts, qui parlent à ceux qui ont souffert ces quatre dernières années. Je ne veux pas faire le procès de mon prédécesseur, mais rendre hommage à ceux qui ont tenu la barre dans la tempête. Il est temps de tourner la page, de montrer que le Valais a changé.

- Le Conseil d’Etat soutient une refonte complète de la Constitution. Les démocrates-chrétiens ne nous avaient pas habitués à ça. Il faut y voir le signe d’un gouvernement moins conservateur que le précédent?

- A titre personnel, je n’ai jamais refusé une réflexion globale sur le Valais, son futur et sa Constitution. Cette dernière date de 1907, et elle a été largement toilettée. Même si ce n’est pas la préoccupation première des Valaisans, cette réflexion fondamentale est nécessaire à un nouveau positionnement du canton. La population nous dira ce qu’elle en pense.

- Vous êtes intervenu très vite quand le gel a endommagé les récoltes, en avril dernier: exercice de communication ou mesures concrètes?

- Ces dégâts sont historiques et il fallait agir rapidement. J’ai mis mes bottes, je suis allé sur le terrain et j’ai parlé avec tout le monde. A la fin, notre catalogue de mesures n’a rien d’un exercice de communication, c’est du concret. Nous accorderons des crédits sans intérêts pour l’aide à l’exploitation ou pour le renouvellement des vignobles.

Nous proposons aussi un investissement de 50 millions de francs pour adapter la plaine du Rhône à ces événements qui pourraient se répéter avec les changements climatiques. Le sort de la viticulture est plus important pour le Valais que pour le reste de la Suisse.

- Vous décrivez vos négociations avec La Poste comme une victoire. Avez-vous vraiment obtenu plus que les autres?

- Oui! Comme les autres, nous avons défendu notre bifteck, mais je crois que tout le monde n’a pas obtenu autant que nous. La Poste voulait nous laisser 25 offices et nous en aurons 43, obtenus après des négociations difficiles. Ces gens connaissent mal le tissu touristique et économique de notre canton. Ils ont même envisagé de fermer l’office de Verbier, une station qui draine une clientèle mondiale!

- La candidature olympique de Sion suscite un malaise parce qu’elle est portée par des entrepreneurs privés alors qu’elle nécessite de l’argent public. Il est difficile de savoir si vous êtes favorable à ce projet…

- Je suis favorable à l’idée olympique et je suis convaincu que la Suisse et le Valais sont capables d’organiser des grandes manifestations. Nous avons fixé nos conditions et nous ne voulons pas de gigantisme. Ces entrepreneurs ont beaucoup travaillé et ils ont compris les limites de leur exercice. Nous allons maintenant voir si tout ceci est raisonnablement possible. Nous aimerions bien organiser les Jeux, mais nous ne le ferons pas à tout prix. Ils seront durables ou maîtrisés, ou alors ils ne seront pas.

- Le Valais semble impuissant au moment de renégocier les redevances hydrauliques, un dossier piloté par la démocrate-chrétienne Doris Leuthard…

- Doris Leuthard imaginait une redevance à 50 francs et nous parlons aujourd’hui de 80 francs. Mais malgré ce progrès, nous ne sommes pas contents de ce projet et des perspectives qui s’offrent à nous. Selon le modèle de la Confédération, les collectivités publiques valaisannes ne recevront pas la moitié des 150 millions de francs qu’elles touchent aujourd’hui.

Doris Leuthard ne peut pas promouvoir pendant des mois une stratégie énergétique fondée sur l’hydraulique et nous faire ce coup-là trois semaines après la votation. Nous nous battrons!

- Elle a déjà annoncé que cette législature sera sa dernière. Vous serez candidat à sa succession?

- J’ai toujours dit que ma préférence allait au gouvernement valaisan plutôt qu’au Conseil fédéral. Il me faudra du temps pour pouvoir effectuer un vrai travail en Valais. Cela dit, je n’ai pas l’intention de me prononcer sur un départ supposé qui interviendrait en 2019.