Cécile B.* versus feu Edouard S. Les chroniqueurs judiciaires et people français sont venus en masse à Genève pour suivre le procès de l’affaire Stern.

«Quel choc de revoir pour la première fois depuis son interpellation Cécile B., l’amante ­magnifique, comparaître en ce premier jour d’audience devant la cour d’assises de Genève», s’exclame Le Point. ­«Efflanquée, le cheveu terne et les mains rongées», elle n’a pas grand-chose à voir avec «la sulfureuse maîtresse baignant dans le luxe, dépeinte par la famille de la victime», constate 20 Minutes.fr. Pour le magazine français, elle «n’est plus qu’une ombre. Une ombre qui pleure, se mouche et dont la voix se brise toujours» à l’aube de ce «procès qui sent le soufre», selon Le Journal du Dimanche. Et qui débute après une «instruction hautement sensible», relevait mardi Le Monde, dans une pleine page intitulée «Les nuits du banquier Stern».

France-Soir n’est pas du même avis quant à l’apparence de l’accusée, dont il décrit le look comme s’il s’agissait d’un défilé de mode: «Cécile B. tripote nerveusement une étole bleue, posée sur son avant-bras droit. Un chemisier blanc à sages rayures marine, une veste courte bleu nuit sur un pantalon de toile et – coquetterie inattendue – des chaussures à hauts talons: [elle] tient sans doute à rompre avec l’image malsaine renvoyée par les faits.» Et de décrire aussi la «petite femme blonde à la mise soignée», Béatrice Stern, la veuve qui «porte les cheveux blond cendré coupés court, un tailleur gris et de fins escarpins».

Dans son blog hébergé par Le Monde, Pascale Robert-Diard file la métaphore romanesque, à propos d’un procès qui ne l’est pas moins: «Si Emma Bovary avait tiré quatre balles sur Léon ou sur Rodolphe après s’être abandonnée dans la diligence ou dans les foins, si elle avait comparu devant la cour d’assises de Rouen, sans doute son Charles de mari aurait-il eu ces mêmes mots d’amour béats à en paraître niais, ce même débit de voix ­assourdie par la mélancolie, ces mêmes épaules courbées, ce même aveuglement à l’égard de celle qui l’avait trompé. Le Charles Bovary suisse s’appelle Xavier G. Il n’est pas médecin de campagne, mais naturopathe à Gstaad, et son Emma à lui s’appelle Cécile B.»

Si Libération fait dans le jeu de mots bon marché («La combinaison perdante du banquier»), le quotidien français précise avec ironie que l’on parle ici «de «l’affaire dite Stern», comme on l’appelle outre-Léman. Il s’agit bien du procès de la meurtrière présumée du banquier Edouard Stern, Cécile B. Mais comme la Suisse ne badine pas avec la présomption d’innocence, il est interdit de prononcer le nom des personnes poursuivies.» Et de conclure, après la biographie de «ce pitbull des affaires» (voir le détail du business sur le site de L’Expansion) mais avant les jurés, que «la vérité judiciaire est cruelle: Stern est mort d’une histoire de cul et/ou de fric», ce qui «avait secoué les milieux feutrés de la finance helvétique», rappelle L’Express. Lequel ouvre très largement son site aux internautes, prouvant qu’on peut aussi en rire puisqu’un certain Charlie écrivait mercredi soir: «On peut railler son mode de vie, mais Stern fut un Grand banquier: la preuve, il a été épargné par la crise…»

Le site satiriste Bakchich Info se déchaîne dans l’élégance en dé­crivant cette «tragique histoire de cul qui a mal tourné»: «Jeux de mains, jeux de vilains. Le procès qui s’ouvre pour juger le meurtre d’Edouard Stern, tué au cours d’une séance sado-maso, a réveillé les internautes de Bakchich par un coup de braguette magique.» Des jeux sur lesquels revient ­également, par le son, Europe 1. Et France 24, qui y ajoute des ­images.

Et la politique dans tout ça? «On s’en voudrait d’alimenter abusivement la sarkophobie, mais tout de même, écrit encore Libé: Edouard Stern était un intime de Nicolas Sarkozy. En 2003, Stern se sentant menacé, Sarkozy lui fournit un port d’armes et une formation à l’autodéfense.» «L’affaire a inspiré deux livres et des théories parfois très imaginatives faisant de Cécile B. le bras armé de complots politico-financiers», indique pour sa part France 2. De cette intrigue qui a aussi suscité «un roman, une pièce de théâtre et un film», Le Progrès de Lyon retient qu’elle sera suivie de très près, «et pas seulement pour des raisons liées au crime. Selon le journaliste et ancien collaborateur du Progrès Alain Jourdan, coauteur [avec Valérie Duby du Matin Bleu ] de Mort d’un banquier (Ed. Privé, 2006), Edouard Stern, proche ami de ­Nicolas Sarkozy, aurait été mêlé de près à diverses affaires «sensibles» telles Rhodia. [ Cela] «fait peur à ­Genève et à Paris», car il y a «du grand déballage en perspective», croit savoir TF1.