Sale affaire pour la conseillère d'Etat Jacqueline Maurer et les radicaux vaudois. Le conseiller stratégique de la magistrate, Léonard Favre, est derrière les barreaux, soupçonné de faux dans les titres et d'escroquerie (voir ci-contre). Le scandale affaiblit personnellement la cheffe du Département cantonal de l'économie (DEC). Son parti, lui, se serait bien passé de cette nouvelle tuile. Il doit préparer les périlleuses élections cantonales de mars 2007, alors qu'il offre quotidiennement le spectacle de ses divisions.

Mme Maurer doit se demander si elle n'a pas fait preuve de légèreté le jour de 2004 où elle a engagé son collaborateur. Le Valaisan aurait semble-t-il averti sa future patronne de la première affaire - la vente du planeur - dont il avait à répondre, tout en protestant de son innocence. Surtout, Jacqueline Maurer est privée de l'un de ses principaux soutiens.

Soutien dans le dossier BCV

La cheffe du Département de l'économie (DEC) est la seule, au gouvernement vaudois, à avoir eu besoin d'un «conseiller stratégique». Pour compenser un secrétariat général faible, la politicienne cherchait quelqu'un pour l'épauler dans le dossier de la Banque Cantonale Vaudoise (BCV). A la suite des crises successives, l'Etat s'est retrouvé sans l'avoir voulu en possession d'un capital qu'il doit protéger en attendant de pouvoir s'en défaire. Léonard Favre était au bénéfice de solides appuis radicaux et d'un curriculum qui en jette: conseiller de Pascal Couchepin, fonctions dirigeantes bien que fugaces à la promotion économique valaisanne et la Mutuelle.

Pour Jacqueline Maurer, Léonard Favre écrivait les discours mais cumulait aussi les dossiers brûlants. Il a dirigé le groupe chargé d'évaluer les résultats de la promotion économique. A ce titre, il a été frontalement impliqué dans les tensions entre le département et le DEWS, qui ont abouti au départ de Francis Sermet.

Mme Maurer passe pour une conseillère d'Etat influençable. Est-ce la raison pour laquelle on a pu prêter à son conseiller une stature d'éminence grise, pas forcément méritée? Les partenaires économiques de l'Etat ne l'ont jamais perçu comme tel. Mais son importance venait des dossiers qu'il traitait. Il va beaucoup manquer à sa patronne.

Radicaux sur la pente descendante

C'est donc affaiblie que Jacqueline Maurer fera sa dixième et très vraisemblablement dernière année de conseillère d'Etat. Elle n'a jamais fait part de ses intentions. Mais son retrait paraît largement acquis au sein du parti. A un an de l'échéance, les radicaux vaudois s'inquiètent de cette opération périlleuse. Ils se voient comme ils sont: divisés, moins dynamiques que les autres partis de droite, sur la pente descendante. Scénario catastrophe? La perte d'un de leurs deux sièges au Conseil d'Etat.

Critiqué par l'aile droite du parti pour avoir pactisé avec la gauche, le patron des Finances Pascal Broulis est soutenu inconditionnellement par les centristes. Il est par ailleurs porté par l'amélioration de la situation financière, sa «politique des petits pas» revendiquant une partie du mérite. Le nouveau président du PRDV, Claude-André Fardel, avait été élu pour ancrer le parti davantage à droite. Il n'a pas une personnalité suffisamment forte pour rassembler ou imposer une ligne. La cacophonie a continué de plus belle.

La désignation des candidats à la succession - les radicaux devront aussi quelques mois plus tard sauver les meubles aux Chambres fédérales - risque de renforcer encore les tensions au sein du parti. Parmi les noms le plus souvent cités à ce stade dans les instances dirigeantes (voir ci-contre), plusieurs ne sont cependant guère marqués en termes de ligne. Ce premier inventaire fait surtout apparaître qu'il n'existe aucun candidat naturel à la succession de Jacqueline Maurer. La cheffe du DEC a du reste encore ses partisans: ceux qui redoutent l'arrivée d'une relève trop à droite; ou ceux qui, en désespoir de cause, estiment que son maintien serait encore le moindre risque.