concours citoyen

Cinécivic ou comment marier civisme et suggestion érotique

Comment faire voter les jeunes? C’est le défi auquel a tenté de répondre cette année encore Cinécivic, une action lancée par la Chancellerie de la République et Canton de Genève. Parmi les gagnants 2014, «Toi aussi, glisse-la»: ou comment affrioler les esprits avec une longue métaphore érotique habilement filée

En tout 23 films, de 90 secondes environ chacun, produits par 23 équipes de jeunes garçons et de jeunes filles. Répartis en deux catégories: les 15-18 ans et les 19-25 ans. Leurs outils? Un scénario, une caméra, des micros, des logiciels de montage, des acteurs, des actrices, des idées. Un objectif: susciter le goût, l’envie, le désir d’aller voter.

90 secondes top chrono... Il y a ceux qui se la joue agence de com pro, avec effet plongeant sur la rade, la ville et son jet d’eau sur l’air de: «Entrez dans le plus grand des réseaux sociaux». ou bien encore «Civique». Il y a ceux qui font dans le symbolique pour dire que ne pas voter c’est au fond se baillonner («Exprime-toi!»)

Il y a ceux qui sont mûrs pour entrer à la HEAD ou à l’ECAL, qui ont travaillé la forme, le concept, le montage grinçant, les effets formels et le message sociologique qui oscille entre Bourdieu et Touraine («Un rôle nous unit»).

Il y a ceux qui jettent leur idée avec l’insouciance de la sève créatrice: c’est une mauvaise excuse de ne pas voter les amis. Avec trois points d’exclamation, une bande son entêtante, le piano et les cuivres qui martèlent et hop, c’est déjà envolé, comme «Fausse bonne excuse».

Il y a ceux qui ont travaillé la musique, la chorégraphie, l’énergie motorique et la chute comme une flèche qui vole, va et vote, comme «Voter c’est savoir où aller».

Et puis, et puis il y a les gagnants des trois jurys. Celui des 15-18 ans a été sensible à la fraîcheur primesautière de Mikaal Ahmad pour son «N’importe qui peut changer son monde» où les super-pouvoirs d’une figurine de Playmobile change la grisaille des rues humides en jardin idyllique.

Celui des 19-25 ans a flashé pour le conte philosophique d’Elena Petitpierre, étudiante en anthropologie à l’Université de Manchester, qui, avec «Faisons notre part» frappe via une bien belle animation à la porte du rêve, de l’humanisme et de la beauté.

Enfin, enfin, il y a le prix Médias et Cinéma (déclaration d’intérêt: le signataire de ces lignes a fait partie de ce jury), qui couronne une polissonne pochade des sieurs Matthias Köhler et Jérémy Seydoux, «Toi aussi, glisse-là». Où pulpeuses jeunes filles et charmants jeunes gens filent la métaphore érotique pour suggérer à leurs paires de la glisser, eux aussi, dans la fente... de l’urne, l’enveloppe de vote. Ouf, mais bon, on les voyait venir. On n’ose imaginer ce qu’a dû penser l’honorable Isabelle Chassot, directrice de l’Office fédéral de la culture, à qui revint l’honneur de remettre le prix aux deux garnements visiblements très ravis de leur coup...

Lors de la présentation des nominés, lundi soir au seizième étage de la tour de la RTS, un film pourtant, qui n’a pas eu l’honneur des podiums, a recueilli bien des applaudissements: «Toi aussi ta voix compte, alors vote!»: où il est question de yaourts à la framboise, de sofa et d’électricité à 18h00. Pleine d’esprit, moderne, ajustée à son temps, nonchalante: il méritait mieux!

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