Trois cent quatre-vingts communes. La moitié d'entre elles ont moins de 430 habitants et l'écrasante majorité peine non seulement à assumer les tâches qui leur reviennent, mais aussi à trouver des volontaires pour gérer les affaires communales et faire vivre la démocratie de proximité. Telle est la triste réalité du canton de Vaud à l'échelle des collectivités locales.

Mais il se pourrait, les expériences positives du canton de Fribourg faisant école, que les choses soient en train de changer. Deux événements tout récents l'indiquent. Mardi, le Grand Conseil a voté la loi sur l'incitation financière aux fusions de communes, qui découle de la nouvelle Constitution. La veille au soir, les assemblées délibérantes de cinq communes du district de Lavaux se sont prononcées en faveur de leur fusion, décisions qui devront être ratifiées le 27 février lors de votations populaires.

Dès 2006, Villette, Grandvaux, Cully, Riex et Epesses, communes vigneronnes et plutôt prospères, ne devraient former plus qu'une seule entité, sous le nom de Cully-Lavaux. Le caractère révolutionnaire de la démarche est tout relatif: l'actuel découpage en cinq morceaux résulte d'une scission, au XIXe siècle, de ce petit territoire de 960 ha. N'empêche: l'ampleur du rassemblement annoncé fait qu'il tranche avec la modestie des microgroupements ruraux opérés ces dernières années.

5000 habitants à la limite du grand Lausanne

A la limite du grand Lausanne, la nouvelle commune réunira 5000 habitants. A l'échelle des autorités communales, la fusion a été votée à de confortables majorités. Ce regroupement doit être mis en relation avec le futur incertain des districts vaudois, dont le nombre doit être réduit. Etendu, le chef-lieu de Lavaux sera plus fort pour défendre ce district, que sa petite taille semble vouer à la disparition. A noter que la nouvelle commune aurait bien voulu s'appeler Lavaux, mais qu'elle en a été empêchée par ses voisines, Chexbres notamment, qui ne se sont pas associées au regroupement.

Au Grand Conseil, une large majorité de députés a voté la loi sur les incitations financières. Un fonds permettra de soutenir les fusions pendant cinq ans, à raison de 250 francs par habitant jusqu'à hauteur de 1500 habitants et avec un plafond de 3000 francs par opération. Les députés sont ainsi revenus sur leur décision du premier débat: à la suite d'une initiative libérale, ils avaient remis en question la base de financement et les modalités de distribution. Cette fois, le conseiller d'Etat UDC Jean-Claude Mermoud, qui défendait le projet élaboré par son prédécesseur socialiste Pierre Chiffelle, a eu gain de cause: «Il ne s'agit que d'une prime modeste et légère», a-t-il assuré, en assimilant à des manœuvres dilatoires les attaques de la droite de l'hémicycle contre le dispositif financier.