Transparence

Cinq lobbyistes sont exclus de leur association

La Société suisse de public affaires fait le ménage auprès de collaborateurs d'agences de communication. Au parlement, il y a encore des zones grises à éliminer

La Société suisse de Public affairs (SSPA), faîtière des lobbyistes, fait le ménage. Elle a adopté un code de déontologie et s’est dotée d’une commission d’éthique présidée depuis ce printemps par l’ancien préposé à la protection des données, Hanspeter Thür. La direction avait promis d’engager une procédure d’exclusion des membres qui ne respecteraient pas les nouvelles règles internes de «transparence absolue» sur les mandats exercés «auprès du parlement et de l’administration».

Tous ont été priés de déclarer spontanément les noms de leurs clients. La direction a fixé un délai au 30 juin à vingt d’entre eux pour qu’ils se mettent en règle. «Le comité a informé cinq membres de leur exclusion en date du 30 juin 2016», a annoncé le président de la SSPA, Stefan Kilchenmann, vendredi 1er juillet.

Comme l’a relevé la NZZ, il s’agit du patron de l’agence Burson-Marsteller Matthias Graf et de son subalterne Tim Frey, ancien secrétaire général du PDC suisse, et de collaborateurs des bureaux de communication alémaniques Mach AG et Goal AG. «Il ne nous a pas été possible de concilier nos règles de conformité internes avec les exigences de la SSPA, qui ne sont pas des règles légales», commente Tim Frey.

«Seulement 20% de nos activités»

Il précise qu’il n’a pas été exclu, mais que lui et son chef ont donné leur démission spontanément. «Nous avons reçu début juin une lettre nous intimant de nous mettre en règle. Cela nous a obligés à prendre nous-mêmes la décision de démissionner. Nous avons ensuite été surpris de recevoir, malgré notre décision, une lettre d’exclusion», regrette-t-il.

Cette affaire montre une fois de plus que les agences de communication constituent la zone grise du lobbyisme. Les collaborateurs de certaines d’entre elles, comme Hirzel. Neef. Schmid ou l’ancien ambassadeur Thomas Borer, ne sont d’ailleurs pas membres de la SSPA, qui en compte encore 222. «Il n’y a aucun problème avec les lobbyistes qui travaillent pour Migros, l’USAM ou l’USS. On sait pour qui ils roulent. Les clients des agences sont plus difficiles à identifier», résume le conseiller aux Etats Didier Berberat (PS/NE), qui s’intéresse à ce sujet depuis plusieurs années.

«Burson-Marsteller est avant tout un bureau de relations publiques. Les mandats de lobbyisme ne représentent que 20% de nos activités. Mais l’exigence de la SSPA nous obligeait aussi à révéler nos mandats de communication sans lien avec le parlement», proteste Tim Frey.

Clarifier l’accès au parlement

Si la SSPA fait le ménage, la question des activités des lobbyistes au Palais fédéral reste, elle, ouverte. Le 25 août, une commission du Conseil des Etats traitera deux propositions de Didier Berberat et d’Andrea Caroni (PLR/AR) qui demandent un régime d’accréditation et l’inscription des lobbyistes dans un registre public avec indication de chaque mandat.

Ce système remplacerait celui des badges d’accès, qui permet à chaque élu fédéral de délivrer deux cartes d’entrée dans le bâtiment. «La déclaration des mandats est absolument nécessaire», insiste Didier Berberat. «Je n’ai aucun problème avec ça tant que cela ne concerne que les mandats de lobbyisme qu’on nous a confiés», réagit Tim Frey, qui dispose aujourd’hui d’un badge délivré par Isabelle Chevalley (PVL/VD).

Actuellement, 346 personnes sont au bénéfice d’un tel sésame. Les bénéficiaires ne sont pas tous des lobbyistes. Il y a parmi eux des proches ou des collaborateurs personnels. Mais certains accrédités annoncés comme «invités» omettent de préciser qu’ils travaillent aussi pour une organisation ou une société X ou Y. C’est l’une des lacunes que Didier Berberat et Andrea Caroni souhaitent combler.

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