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Le conseiller fédéral Guy Parmelin, le 7 mars 2015.
© LUKAS LEHMANN

Défense

Cinq milliards pour éviter un refus

La réforme de l’armée est sous toit. Elle doit s’accompagner d’une enveloppe de 20 milliards de 2017 à 2020, selon le Parlement. Un vote tactique

La menace d’une fronde contre le projet DEVA (Développement de l’armée) s’est considérablement éloignée lundi en soirée. Le Conseil des Etats a éliminé la dernière divergence du projet. Il s’est rallié au Conseil national sur la fréquence des cours de répétition de la troupe. Ce sera six cours de trois semaines et non cinq comme l’avait souhaité au départ le Conseil des Etats. «Cette première version découlait d’une prise de conscience. Il s’agissait d’améliorer le fonctionnement de l’économie qui se plaint régulièrement de la convocation de sa jeune main-d’œuvre qualifiée», a rappelé sans succès le conseiller aux Etats Claude Hêche (PS/JU). Le conseiller fédéral Guy Parmelin, qui passait son baptême du feu devant les sénateurs, a promis de rester attentif à ce souci du patronat lors de la mise en œuvre de la réforme.

Lire également: La polémique sur les camions DURO a vécu

Une fois cette divergence éliminée, les sénateurs ont abordé le nerf de la guerre du DEVA, à savoir son volet financier. «C’est le point central de la réforme. Pour atteindre les buts de la réforme, il faut des moyens, a prévenu le rapporteur de commission Alex Kuprecht (UDC/SZ). Souvenez-vous d’armée XXI. Nous avions dû faire des adaptations et correctifs parce que les moyens ne correspondaient pas aux missions fixées». Le Conseil des Etats a ainsi suivi le Conseil national en adoptant un arrêté fixant le plafond des dépenses de l’armée à 20 milliards de francs pour la période 2017-2020. La gauche s’y est opposée avec véhémence, dont la sénatrice Géraldine Savary (PS/VD): «Cette proposition n’a pas d’impact réel sur le budget de l’armée mais bloque les moyens au détriment d’autres secteurs, comme l’agriculture ou la formation».

Chère «thérapie»

Le Conseil fédéral propose une enveloppe quadriennale de 18,8 milliards de francs de 2017 à 2020. Il estime que son programme de stabilisation doit être appliqué à tous les domaines ces prochaines années. Mais, a rappelé le conseiller fédéral Guy Parmelin: «Les bases de la réforme – une armée à 100 000 hommes et un financement de 5 milliards par année – ne sont pas contestées par le gouvernement. C’est la manière et peut-être le rythme qui font divergences.» Dès 2021, l’armée devrait même avoir droit à davantage que 5 milliards par an selon les projections du Conseil fédéral.

Mais le Parlement a aussi son calendrier. Comme nous l’a confirmé Adrian Amstutz, chef du groupe parlementaire UDC, lundi peu après midi, l’UDC aurait pu couler l’ensemble du projet en votation finale, en s’alliant à la gauche, sans cette garantie financière. «Sans ces 20 milliards, c’est non!». Le parti aurait aussi pu être tenté par la saisie d’un référendum. Une majorité du Conseil des Etats a jugé plus sage d’entériner les 5 milliards de francs annuels.

Cette enveloppe n’est d’ailleurs en rien exagérée, a jugé Jean-René Fournier (PDC/VS): «Les dépenses militaires ont diminué de 28% entre 1991 et aujourd’hui. Or je crois savoir que la situation sécuritaire ne s’est pas beaucoup améliorée de 1991 à aujourd’hui, plutôt le contraire.» Les élus savent également que, lors de l’examen des budgets, chaque année, la somme pourrait encore être rabotée si la situation financière l’exige.

«On a entendu que c’était un acte psychologique pour calmer les partis ou organisations qui menacent d’un référendum. A 5 milliards, je considère cette thérapie relativement onéreuse», s’est exclamée Géraldine Savary. Au vote sur l’ensemble, le projet a été adopté par 30 voix contre 10 et trois abstentions. A moins d’une surprise de dernière minute, le ministre Guy Parmelin a clos son premier chantier.


La polémique sur les camions DURO a vécu

Deux heures de débat et des dizaines d’intervenants. Le débat a été vif lundi soir sur la modernisation des camions DURO. Malgré la publication de plusieurs articles critiques sur le crédit en jeu (558 millions de francs pour 2200 véhicules, soit environ 250 000 francs pièce), le Conseil des Etats a fini par l’accepter.

Objets de la polémique? Le prix bien sûr, mais aussi le choix de rénover plutôt que d’acheter et le manque de concurrence et de transparence du crédit. L’entreprise qui a réalisé l’expertise du DURO est celle-là même qui obtiendra le contrat de rénovation et elle appartient à une maison mère américaine, a dénoncé Anita Fetz (PS/BS).

L’élue a aussi exprimé son incompréhension «de contribuable»: dans la presse alémanique, une entreprise concurrente s’est mise sur les rangs avec une offre nettement moins chère. Pourquoi ne pas l’examiner? L’indépendant schaffhousois Thomas Minder a aussi fait part de son aigreur: «Parce que le Gripen a été refusé et qu’on ne voulait pas de restes de crédits, on a fait ce projet».

En tant qu’héritier du dossier, le conseiller fédéral Guy Parmelin a assuré que «le travail a été fait selon les règles et dans le respect des procédures». ll a notamment évoqué le résultat des dernières tractations, avec un prix en baisse de 5%, qui pourrait encore fondre au fur et à mesure de la libération des crédits. Quant à l’entreprise moins chère citée par Anita Fetz, elle n’a «aucune intention de faire une offre, que ce soit clair», a assuré le Vaudois. L’ex-agriculteur estime que, dans ce dossier, «on a confondu des poires avec des pommes».

L’armée a fixé des exigences concernant la modernisation du DURO, et armasuisse a évalué les offres selon ce cahier des charges. La modernisation de ces petits camions doit par ailleurs permettre de prolonger leur vie jusqu’en 2040. Le crédit profitera à 150 fournisseurs dans 20 cantons, pour un montant de 200 millions, assure encore Guy Parmelin, «ce qui ne doit pas être négligé par les temps qui courent». Les autres crédits contenus dans le programme d’armement complémentaire (316 millions de francs) ont aussi été adoptés.

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