«Nous voulions éviter d'être confrontés à des départs en masse. Il fallait prendre cette décision pour que la paix revienne dans la paroisse»: Pierre Guignard, président du conseil paroissial d'Yverdon-Temple, explique pourquoi la paroisse a pris la décision de renoncer à engager un ministre homosexuel.

«La question se pose pour l'instant de manière théorique, mais trois de nos ministres vont partir cette année et nous avons reçu un abondant courrier de paroissiens qui ne sont pas d'accord avec les décisions prises par le Synode (parlement de l'Eglise vaudoise)». En janvier dernier, l'Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) avait décidé que l'orientation sexuelle ne devait pas faire partie des critères pour accéder à un ministère, montrant ainsi des signes d'ouverture.

Outre Yverdon-Temple, quatre autres paroisses ont fait part de leur désapprobation. Des courriers au Synode, au Conseil synodal ou aux présidents des conseils paroissiaux du canton ont été adressés par les paroisses de La Vallée, Vevey et du Mont-sur-Lausanne, alors que la paroisse de Corsier-Corseaux invitait ses paroissiens à écrire directement au président du Synode pour faire part de leur désapprobation.

A Morges, un débat contradictoire entre partisans et opposants a été organisé pour permettre aux paroissiens de développer leur réflexion. L'assemblée paroissiale décidera d'éventuelles suites à donner à la décision du Synode.

Pasteur marié avec enfants

La décision d'accueillir toute personne dans l'Eglise sans discrimination ne pose en général pas de problème. «Le conseil de paroisse a par contre unanimement refusé, en invoquant une clause de conscience, de nommer un ministre homosexuel si le cas devait se présenter. L'assemblée de paroisse n'a pas voté, mais soutient largement notre position», explique Pierre Meylan, président du conseil de paroisse de La Vallée. Une lettre a été adressée au Synode et au Conseil synodal avec copie à tous les présidents de paroisse du canton. Pratiquement, «nous chercherons un pasteur marié ayant des enfants. Nous souhaitons garder cette liberté, vu le fonctionnement démocratique de notre Eglise.»

Déception et tristesse

A Vevey, une lettre aux présidents du Synode et du Conseil synodal a été adressée par le conseil de paroisse et ouverte à la signature des paroissiens. Une quarantaine de signataires y font part de leur «déception, tristesse, voire consternation» suite aux résolutions adoptées par le Synode, au point de susciter la démission du caissier et d'une conseillère de paroisse. Ils déplorent de ne pouvoir interroger leurs futurs ministres sur leur vie privée et regrettent que la résolution du Synode parle d'orientation sexuelle, «sans rappeler que l'Eglise encourage le mariage ou le célibat».

Marquer le désaccord

Enfin, tout comme Yverdon-Temple et Le Mont, les signataires refusent toute forme de bénédiction des couples homosexuels et rejettent l'idée de poursuivre la réflexion à ce sujet. Au Mont, le conseil de paroisse a, dans sa lettre au président du Synode, estimé qu'un pasteur ne pouvait pas exercer son ministère dans la vérité s'il taisait son orientation sexuelle. «Nous souhaitons que les choses soient mises sur la table et qu'un éventuel candidat nous informe sur sa position vis-à-vis de la famille», explique le pasteur Christian Heyraud. Regrettant «ce dramatique esprit de tolérance qui aveugle un grand nombre de personnes», le président du conseil paroissial de Corsier-Corseaux déplore pour sa part la décision du Synode.

Son président, Olivier Leuenberger, souligne dans sa réponse que «toutes les résolutions ont été votées avec un large consensus, et même si diverses tendances se sont exprimées, l'Eglise a voté ces décisions à plus de 90%. Dans un système démocratique où la majorité l'emporte, ces paroisses se mettent en marge de l'Eglise. Nous encourageons cependant la discussion, et le Conseil synodal va prendre son bâton de pèlerin pour aller expliquer sur le terrain ces décisions».

«J'attends des ministres envoyés dans les paroisses plus de solidarité vis-à-vis des décisions qui s'imposent à tous», ajoute Antoine Reymond, conseiller synodal à plein temps. Il rappelle que les paroisses ne pourront pas imposer d'autres conditions d'accès au ministère que celles fixées par l'Eglise. «Ces paroisses ne pourront se décider que sur la base des éléments biographiques à leur disposition.»