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Le clan Ianoukovitch sous enquête en Suisse

Le Conseil fédéral a décidé ce matin de geler les avoirs de vingt responsables ukrainiens, dont le président et son fils. Une enquête pénale a été ouverte à Genève pour «blanchiment»

Le Conseil fédéral a publié vendredi une ordonnance gelant les avoirs éventuels de 20 responsables ukrainiens, dont le président, Viktor Ianoukovitch ­ – accusé par le nouveau premier ministre, Arseni Iatseniouk, d’avoir pillé les caisses de l’Etat – et son fils Alexandre, qui détient à Genève la société Mako Trading, active dans le négoce de charbon.

L’ordonnance de gel concerne aussi deux anciens premiers ministres ukrainiens, Serhiy Arbuzov et Nikolai Azarov, neuf anciens ministres, l’ancien procureur général Viktor Pchonka, le gouverneur de la province de Kharkov, Mikhail Dobkin, le maire de Kharkov, Hennadiy Kernes, l’ancien chef de l’administration présidentielle Andrei Kliouev et son frère, l’homme d’affaires Sergei Kliouev, un parlementaire et le chef du groupe politique du Parti des régions, Alexandre Yefremov.

Le Conseil fédéral précise qu’il a aussi interdit «la vente et toute autre aliénation des biens, notamment immobiliers, appartenant à ces personnes». Ceci dans le but «d’empêcher que ces avoirs ne soient retirés de Suisse avant qu’ils ne puissent être bloqués par la voie ordinaire de l’entraide judiciaire en collaboration avec les autorités ukrainiennes».

«S’il devait s’avérer dans le cadre de futures procédures pénales que les avoirs sont effectivement d’origine illicite, ils pourront être restitués à l’Ukraine après la condamnation pénale de l’ancien dirigeant et de son entourage», ajoute la chancellerie dans un communiqué.

Dans le même temps, le Ministère public genevois a annoncé vendredi avoir ouvert une procédure pénale pour blanchiment aggravé à l’encontre de Viktor et d’Alexandre Ianoukovitch. Une perquisition menée par le premier procureur Yves Bertossa et la brigade financière a eu lieu jeudi matin dans les locaux genevois de Mako Trading. La perquisition a permis de faire apparaître la constellation des sociétés appartenant à Alexandre Ianoukovitch: une vingtaine d’entités, dont 17 en Ukraine, deux aux Pays-Bas et Mako Trading à Genève. Des documents ont été emportés par le Ministère public.

Le parquet genevois n’a pas attendu de demande d’entraide judiciaire pour se saisir de l’affaire. Fidèle à sa logique plus volontariste que celle du Ministère public de la Confédération en matière de blanchiment, il a de toute évidence estimé qu’il était de sa compétence d’ouvrir une enquête, les opérations présumées de blanchiment ayant eu lieu dans le canton.

Liens avec Rinat Akhmetov

Mako Trading n’est pas la seule société genevoise par laquelle a transité l’argent des oligarques ukrainiens. L’administrateur de Mako Trading, Felix Blitshteyn, est aussi celui d’une autre société, domiciliée à la même adresse, Partifina SA, a révélé L’Hebdo dans son édition de jeudi. Or, a appris Le Temps, Felix Blitshteyn est l’ancien président du conseil d’administration de Metinvest International, à Genève, filiale de l’empire minier et métallurgique de Rinat Akhmetov, le plus puissant des oligarques ukrainiens, un proche de Viktor Ianoukovitch dont la fortune dépasserait les 15 milliards de dollars. ­Selon nos informations, Felix Blitshteyn est actuellement en Russie. Domicilié à Pully (VD), il sera certainement entendu par la justice à son retour en Suisse.

Le ciel s’assombrit également à l’étranger pour le clan du président Ianoukovitch, puisque le gouvernement autrichien a annoncé vendredi le gel des avoirs de 18 dignitaires ukrainiens, soupçonnés d’atteinte aux droits de l’homme et de corruption. Le Liechtenstein a annoncé avoir fait de même.

L’Union européenne, quant à elle, avait annoncé le 20 février son intention de prendre des sanctions, dont des gels d’avoirs, contre Viktor Ianoukovitch et ses proches. Mais l’heure est encore aux «travaux techniques», temporise l’UE, avant qu’une décision politique ne soit prise.

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