Le climat s’annonce agité ces prochains jours au sein de la classe politique genevoise. Selon nos informations, la députation libérale et radicale au parlement cantonal demandera jeudi soir au Grand Conseil d’anticiper en urgence le débat budgétaire prévu à la mi-décembre afin de voter immédiatement un refus d’entrer en matière sur le projet de budget présenté le 20 septembre par le Conseil d’Etat. La copie du gouvernement prévoit un déficit de fonctionnement de 278 millions de francs, avec des revenus en hausse de 2,8% et des charges en augmentation de 1,8%. Cet excédent de charges pour 2013, s’il se vérifie lors des bouclements de compte au terme de l’exercice, enclencherait vraisemblablement le frein genevois à l’endettement, puisque les comptes 2012 boucleront sur un résultat en rouge vif (758 millions, selon les prévisions de début septembre): au printemps 2014, le peuple devrait être appelé à choisir entre des mesures d’économie ou des hausses d’impôt. «Avant d’en arriver là, le Parlement a un rôle à jouer», avance le libéral Pierre Weiss.

En présentant sa planification 2013, le Conseil d’Etat soulignait n’avoir de prise réelle que sur 22% des dépenses nouvelles, le reste découlant de lois ou d’obligations envers les créanciers ou la Confédération. Des fonds supplémentaires sont par exemple nécessités par la réforme du cycle d’orientation, votée par le peuple. Interrogé sur les possibles économies à réaliser au sein de l’administration, l’argentier David Hiler estimait que les gains d’efficacité avaient été réalisés ces précédentes années: «A force de passer plusieurs fois le râteau au même endroit, il n’y a plus rien à ramasser», illustrait-il.

Le PLR ne l’entend pas de cette oreille: s’il préconise d’accorder davantage de moyens au département de la sécurité de son magistrat Pierre Maudet, il estime que des économies doivent être réalisées dans la plupart des autres départements, en particulier l’Instruction publique du socialiste Charles Beer. Pour Pierre Weiss, le coup d’éclat programmé jeudi soir doit mener à atténuer les chiffres rouges: «Si notre requête est votée en urgence, le Conseil d’Etat gagne du temps pour préparer un nouveau projet. Selon nous, il faudrait idéalement parvenir à l’équilibre budgétaire. Mais un déficit pourrait être acceptable s’il se situe à mi-chemin entre ce qui nous est proposé et zéro.»

Le député estime que le projet de budget est enjolivé. D’une part, les sommes requises pour l’aide sociale seraient sous-évaluées à dessein, afin de faire l’objet d’une demande complémentaire en cours d’année. D’autre part, les derniers oracles conjoncturels livrés le 28 septembre par le Groupe de perspectives économiques laissent présager d’une baisse des rentrées fiscales: la croissance du PIB cantonal en 2013 y est ramenée à 1,5% (on prévoyait 1,9% en juin).

«On va au-devant d’une crise politique, admet Pierre Weiss. La crise économique est là et l’Etat continue d’augmenter ses dépenses.» La situation est politiquement complexe: le principal parti de centre droit semble prendre la tête d’un mouvement de résistance face à un gouvernement où la majorité est dans son camp: trois magistrats PLR et un PDC y siègent. «Le PLR n’y a pas la majorité», corrige Pierre Weiss. Un budget déficitaire doit, pour passer la rampe, réunir une majorité consolidée du parlement (au moins 51 voix sur 100, et non pas une simple majorité des élus présents).