«Toujours aussi masculin», «toujours aussi PDC», «toujours aussi conservateur». Voilà ce que la classe politique répond en choeur quand on lui parle du nouveau Conseil d'Etat valaisan sorti des urnes le week-end dernier. La classe biberon bien sûr, que la gauche vient d'envoyer au Grand Conseil.

Candidate socialiste députée suppléante dans le district de Sion, la Saviésanne Bénédicte Dubuis, maturiste de 18 ans, a devancé tout le monde sur la liste de l'Alliance de gauche. Même performance à Martigny pour la chrétienne-sociale Lucie Rausis, même âge, même «profession», fille de l'humoriste Daniel Rausis et qui, elle aussi, déboule en tête d'une liste tripartite – socialistes, écologistes et chrétiens-sociaux.

Elus également députés suppléants sur la même liste, on trouve les socialistes Virginie Crettenand, de Fully, 26 ans, qui termine une formation d'éducatrice spécialisée, et Gäel Bourgeois, 22 ans, étudiant en sciences politiques, et déjà vice-président de sa commune de Bovernier.

Un groupe qui détonne dans une ambiance d'apolitisme quasi militant. Pour Virginie, d'ailleurs, longtemps la chose publique était la chasse gardée de «gros politiciens bedonnants qui ne font pas grand-chose. Ce sera peut-être notre rôle de changer cette image et de donner aux jeunes l'envie de la politique.» Bénédicte, elle, qui avoue «avoir toujours pensé à gauche», nie que son goût de la politique lui soit venu de son célèbre prof d'allemand, un certain Oskar Freysinger – «tout juste m'aura-t-il convaincue que j'avais choisi le bon parti», et évoque plutôt sa lassitude «d'entendre toujours les mêmes choses, les mêmes discussions, les mêmes critiques dans les bistrots. J'ai ressenti le besoin d'agir.»

Quant à Lucie, elle invoque l'exemple de sa mère, conseillère générale PDC à Martigny pendant huit ans: «J'ai pu voir que ça lui a beaucoup apporté, elle rencontrait plein de monde.» Le besoin d'action, là aussi, a été déterminant: «Les jeunes disent que le monde va mal, mais ne font pas grand-chose pour le changer.» Gaël, enfin, raconte que «tout est politique», une certitude acquise il y a «cinq ou six ans», et qu'il essaie de transmettre aux jeunes de son âge: «Je leur explique, par exemple, que le thé froid qu'ils sont en train de boire, c'est politique, avec, derrière, des choses comme la TVA, la politique d'importation etc.»

La classe biberon espère en tout cas pouvoir faire bouger certaines choses, dans les domaines qui lui semblent les plus urgents: «Les conservateurs ne pourront pas toujours fermer les yeux, ils devront quand même finir par voir qu'en Valais il n'y plus seulement des petits Crettenand ou des petits Dubuis, mais une population étrangère importante. Et qu'il faut entamer une réflexion dès maintenant», explique Virginie. «L'heure est aux économies, et c'est particulièrement choquant dans le domaine de l'éducation, avec des réductions de budget de plusieurs millions, une augmentation du nombre d'élèves dans les classes. Il est invraisemblable que nos politiciens actuels ne comprennent pas qu'en touchant à l'éducation on touche à l'avenir du canton», tempête Gaël.

Leur rôle de nouveaux venus, ils le voient cependant d'abord dans un lent et patient changement des mentalités valaisannes. Gaël peste ainsi contre «ces gens qui votent PDC sans savoir pourquoi, parce que cela fait 150 ans que l'on vote PDC dans la famille». Bénédicte a foi, pourtant, dans des qualités propres au canton: «Notre carte maîtresse, c'est la diversité. Savièse, par exemple, n'est qu'à deux minutes de Sion, mais cela reste Savièse, un autre monde, une autre mentalité. On trouve de tout en Valais, on peut offrir à chacun quelque chose qui lui convienne.»

Lucie ne se montre pas si optimiste: «On pourrait quand même espérer un Valais plus ouvert, moins refermé sur lui-même, surtout dans les villages. J'ai pris conscience de cette fermeture lors d'un face-à-face à Riddes avec un candidat UDC qui, visiblement, n'était jamais sorti de chez lui.» Pour Virginie, enfin, «la force du Valais, c'est son territoire, mais pas pour dire ou se vanter d'avoir des choses que les autres n'ont pas. Il s'agit plutôt de préserver une qualité de vie. Je conçois d'y passer ma vie à condition d'être allée, entre deux, découvrir le monde.» En attendant, c'est un autre voyage qui commence.