Ce nouveau choc dans l'affaire BCV permet à l'Etat de porter plainte contre les anciens dirigeants de la banque, mais il met aussi, plus que jamais, la classe politique face à ses responsabilités. Ce rebondissement amène de l'eau au moulin de ceux qui militent pour le renforcement du contrôle de l'Etat sur la banque, mais pousse aussi les autres à s'interroger sur la «confiance aveugle» dont ont fait preuve les autorités, qu'il s'agisse des conseillers d'Etat en charge du dossier, des représentants du canton au conseil d'administration ou du parlement. «Toute la classe politique doit en tirer une leçon, elle qui s'est laissée enfariner, avalant trois recapitalisations de suite sans demander trop d'explications», souligne l'écologiste François Marthaler. «Je comprends que les gens se demandent à quoi servent les politiques», note le libéral Pierre Rochat.

La constitution de la commission d'enquête parlementaire, qui était encore suspendue aux résultats de l'expertise Berlusconi, est pratiquement acquise. Elle portera sur les relations entre l'Etat, ses administrateurs et la banque, avec l'objectif de déterminer qui savait quoi à quel moment. Pierre Rochat y voit presque une psychothérapie collective salutaire sur les rapports entre l'Etat et la BCV.

Les politiciens vaudois posent selon leur sensibilité toute une série de questions. Pour Pierre-Yves Maillard, président des socialistes vaudois, la vérité reste à faire sur la véritable raison des trous. Ne se trouverait-elle pas dans une politique de prêt complaisante et à large échelle envers de «très vieux et très bons clients», immobiliers notamment? Le PSV affirme une nouvelle fois que l'ancien conseiller d'Etat Charles Favre se devait de remettre en cause l'analyse de la situation présentée par la banque et a refusé de regarder la réalité en face.

L'écologiste François Marthaler n'est «pas convaincu que ce énième coup de balai soit le dernier». Il se demande comment un établissement affaibli depuis des années et décrédibilisé sera capable de faire fructifier les nouveaux fonds versés par l'Etat. Il regrette que le rapport de Me Bernasconi semble écarter l'enrichissement personnel, puisque les décisions en cause avaient des avantages pour ceux qui les avaient prises. Le libéral Pierre Rochat met en garde contre une chasse aux sorcières. A posteriori, on estime qu'il s'agit d'un faux inacceptable, mais il faut ternir compte des pratiques plus souples d'autrefois, qui ont permis de traverser certaines crises.

Reste les deux millions de francs d'indemnité touchés par M. Duchoud lors de son renvoi et à l'issue d'une négociation tendue, parachute doré qui apparaît aujourd'hui bien gênant. La gauche en exige la récupération. La décision en revient au conseil d'administration de la banque, qui, le cas échéant, devrait faire valoir ses prétentions sur le plan civil.