«Moi, un tueur? Au contraire, j’ai été patient»

Vaud Le PDC confirme Claude Béglé comme double candidat aux Chambres fédérales

Questions au rival de Jacques Neirynck

Le Parti démocrate-chrétien (PDC) vaudois maintient sa ligne: Claude Béglé sera le candidat du parti au Conseil national et aux Etats aux prochaines élections fédérales. La direction du parti ­cantonal ne veut pas revenir sur la décision prise mardi, sans op­position, par une assemblée gé­nérale réunissant une trentaine de militants. Le PDC déplore les «réactions excessives» et certaines «déclarations inacceptables» du conseiller national sortant Jacques Neirynck, écarté par les siens de la course à la Chambre des cantons (LT du 12.06.2014). Il n’y aura pas d’arrangement à l’amiable, contrairement à ce que le doyen du Conseil national espérait, se pré­valant d’appuis dans le parti suisse.

C’est donc Claude Béglé qui devra sauver l’unique siège PDC de la députation vaudoise aux ­Chambres, en profitant de la visibilité offerte par la candidature aux Etats. Agé de 64 ans, il a derrière lui une carrière dans les affaires (Nestlé, Philip Morris, TNT, Deut­sche Post), qui a culminé par son passage agité à la présidence de La Poste suisse (2008-2010). Il dirige aujourd’hui une société de conseil dans le domaine du développement durable et préside diverses sociétés, dont la régie immobilière Foncia.

Le Temps: Quand vous êtes entré au PDC vaudois, vous passiez pour parachuté par le parti suisse et, aujourd’hui, vous êtes dans le rôle du tueur…

Claude Béglé: Je rejette complètement cette image. Au contraire, j’ai été extrêmement patient, j’ai évité toute attitude belliqueuse, adopté un profil bas face aux médias. Il y a des discussions depuis le début de la présente législature sur les prochaines échéances fédérales, Jacques Neirynck ayant fait savoir qu’il ne se représenterait pas au Conseil national. Il y a eu beaucoup de consultation à l’interne, ainsi qu’avec le parti suisse, ce qui est normal. J’ai le soutien de Christophe Darbellay, mais l’autonomie de notre parti cantonal est restée entière.

– Comprenez-vous la déception de Jacques Neirynck?

– Oui, je comprends que quelqu’un qui a beaucoup fait pour le parti et qui a encore des choses à dire souhaite continuer. Mais nous avons opté pour une stratégie globale, indépendamment des choix de personnes.

– Pensez-vous avoir plus de chances que Jacques Neirynck de défendre le siège PDC au Conseil national?

– Lors des dernières élections, je n’étais pas si distancé; il avait une avance de 1500 voix sur un total de quelque 15 000. Nous étions tous les deux loin devant les autres candidats. Sans mes voix, il aurait aussi eu plus de peine à passer. Tant lui que moi récoltons plus de voix à l’extérieur que sur notre propre liste. Je sais que cela sera difficile, mais nous ne partons pas de zéro. Nous devons tous tirer à la même corde. Dénigrer le parti en parlant de guerre ou d’OPA ne va pas nous aider.

– Votre désignation serait la victoire de l’argent, selon votre rival…

– Là aussi, je récuse entièrement. C’est à la limite de l’insulte; je contribue comme tout un chacun. Je sais que je devrai payer une plus grande participation à la campagne comme candidat aux Etats que comme simple candidat au Conseil national. En 2012, pour le National, j’ai refusé de payer la somme qu’on me demandait, qui était beaucoup trop élevée.

– Vous qui vous situez sur l’aile droite du PDC, alors que Jacques Neirynck est sur sa gauche, ­quelles valeurs voulez-vous ­défendre à Berne?

– La richesse du PDC, c’est qu’il tolère la diversité d’opinion, qu’il n’est pas dans la pensée unique. Mais il ne faut pas tomber dans la dichotomie: nous représentons tous deux le centre. Je suis sensible à tout ce qui favorise la liberté d’entreprise, la création d’emplois, avec un fort intérêt pour les nouvelles technologies et le développement durable. Pour avoir vécu trente ans à l’étranger, je pense qu’il faut améliorer l’assimilation des étrangers si l’on veut poursuivre une politique de croissance. Il me tiendrait aussi à cœur de reprendre les dossiers lancés par Jacques Neirynck, comme celui du don d’ovules.

– Croyez-vous en la possibilité de faire grandir le PDC vaudois?

– Bien sûr, mais soyons réalistes: nous ne passerons pas en un coup de la faiblesse à la force. Oui, nous pouvons grandir, notamment comme le parti de la classe moyenne, même si c’est un peu bateau. Réunir ceux qui ne sont ni franchement riches, ni assistés, cela correspond bien à notre image.