Le président du Tribunal criminel de la Broye et du Nord vaudois n’a eu que deux questions pour Claude D., accusé d’avoir enlevé, séquestré et assassiné la jeune Marie. «Vous confirmez toutes vos déclarations faites durant l’enquête?». «Je les confirme». Plus essentiel. «Vous ne vous êtes jamais expliqué sur les mobiles de vos actes. Souhaitez-vous désormais le faire?». Le prévenu: «Je ne souhaite toujours pas évoquer mes mobiles». La famille de la victime n’aura pas de réponse. Sauf revirement de celui qui se révèle être un maître dans l’art de la manipulation et un roi du cynisme.

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Ambiance électrique

Le procès de Claude D., bientôt 40 ans, s’est ouvert lundi dans une ambiance électrique. Le prévenu sait s’y prendre pour surprendre, énerver, se plaindre et adapter sa stratégie. Calme, parfois souriant, souvent ironique, il a demandé la révocation de son principal défenseur, le malmené Loïc Parein, il a dit placer beaucoup d’espoirs en Yaël Hayat, l’avocate nouvellement élue, il a tenu tête au solide procureur général Eric Cottier et il a bataillé contre le conseil des victimes, le très remonté Jacques Barillon. Un cocktail explosif mais sans effet sur l’essentiel de cette tragique affaire.

D’entrée de cause, le prévenu se montre combatif, pointilleux et revendicateur. Il a refusé de répondre à toute question sur cette nébuleuse histoire de CD-Rom et de courriers qui empoisonneraient ses relations avec son avocat dont il ne veut plus. Aux parents et à la sœur de Marie, qui voient ici pour la première fois le bourreau de leur fille, qui s’étonnent de «cet imbroglio de dernière minute» et qui voudraient «en finir» avec ce procès, il rétorque avec aplomb: «Je suis très sensible à ce qui vient d’être dit mais je maintiens ma demande».

Cette requête, tout comme le renvoi du procès, a été rejetée par le Tribunal criminel de la Broye et du Nord vaudois qui siège à Renens, dans une salle adaptée à la grande affluence que connaît cette cause sensible. Claude D. tente encore une ultime pirouette pour obtenir un report des débats. Il refuse de sortir de sa cellule pour se présenter à l’audience. Réalisant que le président Sébastien Schmutz est bien décidé à poursuivre en son absence, il se ravise.

«Elle m’a un peu déçu»

Les autres demandes de la défense n’auront pas plus de succès. Auditions de témoins et production de toutes les données électroniques concernant Marie sont balayées. Le tribunal précise qu’il est «exclu de faire le procès de la victime» et ne voit pas d’intérêt à faire la liste de ses anciennes relations. La cour rejoint en cela le procureur général Eric Cottier qui venait de lancer au prévenu: «Vous voulez vous accaparer Marie au-delà de la mort. Vous voulez vous approprier sa mémoire».

Par contre, la relation virtuelle et réelle entre Claude D. et sa future victime sera largement abordée. Le Ministère public demande pourquoi une recherche de prestations tarifées s’est-elle transformée en banale rencontre dans un café de Payerne. La réponse sera interminable. Le prévenu lit à haute voix tous les messages, parfois crus, échangés avec la dénommée Kirsten, le pseudonyme utilisé par Marie sur Skyrock.

Il lâche: «Je suis méfiant. J’attends de voir si le feeling passe. Je ne couche pas le premier soir. Lors de ce rendez-vous, je l’ai trouvée un peu jeune pour s’adonner à la prostitution. Elle m’a dit avoir des goûts de luxe. Je suis quelqu’un qui fonctionne au coup de foudre. Là, j’étais un peu déçu par rapport aux photos. Je me suis dit que je ne la reverrai plus».

Selon Claude D., c’est Marie qui l’a relancé, lui a aussi précisé être fille de pasteur. «Cela m’a un peu choqué». Il ajoute que les rapports n’ont finalement jamais été monnayés. Pourquoi? «Je devais être plus rentable comme petit ami car j’avais toujours beaucoup de liquide sur moi et j’ai l’habitude de tout payer». Le père de Marie soupire et noircit son carnet de notes.