Comment passe-t-on de l'univers lumineux et feutré du grand bâtiment de Nestlé à Vevey au monde nocturne et agité d'une campagne électorale dans tous les recoins du Valais? «Au début, je tombais des nues et je me suis demandé dans quelle galère je m'étais embarqué», admet le candidat radical au Conseil d'Etat, Claude Roch.

«Je n'étais pas stressé, ajoute-t-il, mais inquiet.» Les téléspectateurs peuvent encore s'en rendre compte aujourd'hui. Dans l'émission qui passe ces jours sur la chaîne régionale Canal 9, mais enregistrée le 12 février déjà, on peut voir le président de Port-Valais, et sous-directeur des finances de la multinationale, comme anesthésié face aux caméras. «Je ne suis pas un baroudeur, mais quelqu'un de consensuel. A la radio, on m'a même fait la remarque que j'étais quelqu'un de «gentil». Pourquoi? Faut-il être méchant pour être élu? Finalement, je me suis rendu compte que j'arrivais à m'aligner et j'ai commencé à prendre plaisir à cette campagne.»

A 56 ans, président de commune depuis vingt ans, Claude Roch est pourtant relativement neuf sur la scène politique cantonale. Le grand souci de ses partisans était de le faire connaître, en particulier dans le Valais central, et de lui trouver peut-être quelques alliances. Lundi soir, il était à Savièse, au bien-nommé «Café des Amis». Ici, le président, André Reynard, un radical un peu atypique, invite ses amis à voter Claude Roch et Jean-René Fournier. Dans le Bas-Valais, c'est le ticket régional, avec Jean-Jacques Rey-Bellet, qui fait son chemin. On sent ponctuellement une volonté d'organiser quelques votes croisés avec les démocrates-chrétiens, mais ce n'est toutefois pas un mot d'ordre. La secrétaire du PDC, Romaine Mudry, précise qu'il n'y a pas de mouvement de fond: «Il ne fait pas une grande impression, remarque-t-elle. On entend plutôt une volonté des femmes à soutenir Cilette Cretton.»

La question qui est en effet sur toutes les lèvres est de savoir qui du candidat officiel ou de «Cilette» arrivera en tête du premier tour. Depuis trois semaines, Claude Roch n'a ainsi pas ménagé son temps pour battre la campagne et visiter en moyenne quatre sections radicales par soir. «J'ai l'habitude des doubles journées entre mon travail et la présidence de la commune», répond-il à celui qui s'étonne d'une telle dépense d'énergie. «J'ai été surpris par un bon accueil, observe-t-il. Il y a pas mal de monde et à certains endroits beaucoup de jeunes. Ce qui m'a le plus ému a été de voir deux rangées de jeunes de Port-Valais, lors d'une rencontre à Charrat. Je remarque que les principales préoccupations des gens sont liées à l'agriculture et au tourisme. Ils sont inquiets de la mainmise de la distribution sur la production et ils ont surtout besoin d'être écoutés. Dans un autre domaine, celui de la santé, j'ai été surpris par le manque de dialogue; chacun reste crispé sur ses positions.»

Il est comme ça Claude Roch: «A l'écoute», comme le définit son slogan, homme de dialogue. Toutefois, ce penchant naturel au consensus, cette absence d'agressivité politique, surprend dans une campagne valaisanne où il représente tout de même un parti minoritaire. Il donne l'impression d'avoir banni toute notion d'adversaire dans son action politique. Le président du parti, Léonard Bender, défend cette position: «Ce n'est pas un homme de confrontation, mais de convictions. Et lorsqu'on y touche, il sait les défendre.»

C'est sans doute lorsque l'on aborde des questions économiques, où le rôle et les finances de l'Etat sont en jeu, qu'il adopte un discours plus ferme. L'Etat doit-il par exemple aider financièrement les remontées mécaniques à coups de dizaines de millions de francs? «Que ce soit 10 millions ou 100 francs, c'est le même problème. Si l'on est convaincu que c'est un investissement durable, alors oui. Mais il ne sert à rien de soutenir des sociétés qui ne valent plus rien. Il faut avoir le courage de les lâcher tout de suite. Quand on donne quelque chose, il faut également y mettre des conditions.»

S'il se montre tout naturellement intéressé par les questions financières, celles-ci sont pourtant aujourd'hui dans les mains de la majorité démocrate-chrétienne. Quel département espère-t-il alors occuper, s'il est élu? Fidèle à lui-même, il répond: «Je suis polyvalent, mais j'aspire au moins à une chose: avoir une véritable discussion collégiale.» Si ce n'était pas le cas, on peine toutefois à imaginer qu'il pourrait se fâcher.