Le Temps: Vous recommandez un double non: à l'initiative pour la dépénalisation du cannabis et à la loi fédérale sur les stupéfiants. Pourquoi? Claude Ruey: Ces deux textes participent de la même politique de démission face à la drogue. Je sais qu'une société sans drogue est impossible. Mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras. Il faut donner des messages clairs.

- La loi vise surtout à ancrer la politique actuelle de la drogue. Cette politique est-elle mauvaise à vos yeux?

- La loi présente un défaut cardinal: elle ne considère l'abstinence que comme un but parmi d'autres de la politique de la drogue. Pour moi, c'est inadmissible. Je sais que l'abstinence n'est pas accessible à tout moment à tous. Mais elle doit constituer le but de tous les traitements.

- Concrètement, qu'est-ce que cela signifie? La disparition de la prescription d'héroïne? - Pas forcément. Si on me prouve que la prescription d'héroïne mène à l'abstinence, ce dont je doute, je peux l'admettre. Mais je ne peux pas accepter une politique qui se contente d'améliorer les conditions de vie et la santé des toxicomanes en les maintenant dans leur dépendance.

- Même s'ils ont essayé plusieurs fois sans succès d'en sortir?

- Quelqu'un qui est dépendant de la drogue n'est pas libre. Pour le libérer, il faut parfois un minimum de contrainte. Les programmes dits à bas seuil peuvent constituer des encouragements à ne rien faire pour s'en sortir.

- Et les programmes de méthadone? - Ils doivent eux aussi viser l'abstinence, même s'il faut longtemps pour y parvenir.

- Votre analyse n'est pas partagée par les intervenants en toxicomanie, qui défendent la diversité des approches et la loi...

- Le lobby de la drogue est très fort. Il est soutenu en sous-main par l'OFSP et sait créer des réseaux puissants. Les opposants se taisent par crainte de perdre leurs crédits.

- Le double non l'emporte le 30 novembre. Que se passe-t-il ensuite?

- On met fin à toutes les tentatives de dépénalisation du cannabis et c'est déjà un très bon résultat. Pour la loi sur les stupéfiants, on a le temps car la loi actuelle fait

l'affaire. Le seul point à régler rapidement est celui de la prescription d'héroïne. Que je peux même envisager de prolonger à condition qu'une expertise indépendante en soit faite.