«Le conseil d'administration de l'Hospice général est plus un parlement où l'on fait de la politique qu'un vrai conseil d'administration qui assume des responsabilités de pilotage.» Lundi, la présidente du Conseil d'Etat genevois, Martine Brunschwig Graf, a mis en évidence les graves problèmes de gouvernance qui mine l'établissement public autonome chargé de l'aide sociale. Mais, contrairement à ce que demandait implicitement son parti, la ministre libérale n'a pas exigé, au nom du gouvernement, la tête de Claude Torracinta, président du conseil d'administration de l'Hospice.

46,3 millions de déficit

«Nous sommes confrontés à un problème de gouvernance, non pas de personnes. L'heure n'est donc pas au coup d'éclat. Ce n'est pas en demandant la tête de quelqu'un qu'on résoudra les problèmes de l'Hospice. Nous devons leur trouver une solution institutionnelle», relève Martine Brunschwig Graf. Les mesures proposées découlent de la rencontre qui s'est tenue vendredi entre la magistrate libérale, le ministre de tutelle de l'Hospice, Pierre-François Unger, et le conseil d'administration. Cette réunion avait été organisée d'urgence après l'annonce par l'Hospice général d'un déficit imprévu de 46,3 millions de francs pour l'exercice 2004. Un déficit principalement dû à la forte hausse des demandes d'assistance et à une augmentation des avances pour l'assurance invalidité.

Afin de réformer le fonctionnement d'un Hospice général en crise depuis plusieurs années, le Conseil d'Etat va prendre des mesures immédiates pour parer au plus pressé. Il préconise la mise en place de tableaux de bord permettant d'apprécier précisément l'évolution mensuelle des dépenses, du nombre de dossiers et des avances AI. Grâce à cet instrument, le budget 2005 de l'Hospice sera réévalué.

Dans un deuxième temps, soit en avril, l'exécutif cantonal déposera au Grand Conseil un projet de loi visant à remettre à plat toute la gouvernance de l'institution. Lundi, la présidente du gouvernement s'est contentée d'en donner quelques contours. Comme le suggèrent les libéraux dans un projet de loi qu'ils sont en train d'élaborer, le Conseil d'Etat entend réduire le nombre d'administrateurs, actuellement 17. Quant à l'autonomie de l'établissement, le projet de loi entend lui donner une nouvelle définition. «A ce jour, l'Hospice n'est pas vraiment autonome du moment qu'il doit toujours appeler l'Etat à la rescousse parce qu'il n'a pas les instruments de pilotage nécessaires à bien évaluer sa situation», analyse Martine Brunschwig Graf.

Enfin, l'Hospice sera soumis à un audit de son contrôle interne et du service financier. A n'en pas douter, les quelque 100 millions d'endettement qu'ont provoqués les récents déficits de l'Hospice feront encore parler d'eux.