Analyse

Comment Claude-Alain Voiblet est devenu le mouton noir de l’UDC Vaud

Longtemps associé à la croissance du parti cantonal, le coordinateur romand est traité aujourd’hui comme celui qui l’empêche d’aller plus loin

Depuis que la vague blochérienne déferle sur la Suisse, peu de militants ont autant mouillé leur chemise pour l’UDC Vaud que Claude-Alain Voiblet. Débarqué il y a une douzaine d’années à Lausanne, fuyant les casseroles de son Jura bernois, il a œuvré sans cesse pour aligner la vieille formation agrarienne sur le parti suisse et assurer son implantation urbaine.

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Son zèle, ajouté à une fonction de coordinateur romand peut-être compromise aujourd’hui, l’a rendu omniprésent. Mais aujourd’hui le parti le chasse, pour un méfait plutôt minable: avoir collé sa propre affiche sur celles de ses camarades. La section lausannoise le défend, dans une posture de confrontation avec la direction cantonale. Elle risque de se retrouver bien seule. Mardi, les députés UDC au parlement cantonal ont pu voir les documents – des photos et des échanges de mails – qui prouveraient la forfaiture. Des preuves accablantes? Aucun mouvement en défense de l’exclu ne s’est en tout cas esquissé, malgré la dureté de la sanction.

L’affaire des affiches est la énième auquel le coordinateur romand est mêlé, de près ou de loin. En étant associé à ces affichages sauvages nocturnes – il ne nie pas avoir participé à l’une ou l’autre de ces sorties, mais conteste avoir lésé les autres candidats – il se place au cœur du nœud de vipères auquel les multiples crises ont fait ressembler son parti.

Le seul canton où l’UDC n’a pas progressé

Interrogez des responsables de l’UDC vaudoise sur le cas Voiblet: vous aurez droit aux mines attristées de ceux qui disent lui garder toute leur amitié. Mais l’ami devrait savoir que celui tourne le parti en ridicule est susceptible d’exclusion, puisque c’est lui-même qui a rédigé les statuts. Et comment admettre que «le meilleur d’entre nous», pris en flagrant délit, soit incapable de reconnaître sa faute et de s’excuser?

Les affaires ont desservi le parti. Aux élections fédérales, Vaud est le seul canton où l’UDC n’a pas progressé. Claude-Alain Voiblet a raté de peu le siège au Conseil national qui lui aurait valu un nouveau statut et un salaire. Certains expliquent par son obsession d’être élu le dérapage dont on l‘accuse. A Lausanne, les élections communales ont encore moins bien marché: candidat à la Municipalité, Claude-Alain Voiblet ne dépasse pas 13% des voix et son parti perd deux sièges au parlement. Vu du parti cantonal, l’ancien maire de Reconvilier (BE) n’est plus indispensable. Après avoir amené l’UDC Vaud à un certain niveau, Claude-Alain Voiblet est devenu celui qui l’empêche d’aller plus loin.

Elections cantonales en vue

La volonté de faire le ménage répond à un premier objectif: redresser une situation devenue ingérable à l’interne. Mais l’exclusion a aussi son sens dans la perspective des élections cantonales du printemps 2017. Le but premier de l’UDC Vaud reste de récupérer le siège au Conseil d’État, perdu au décès de Jean-Claude Mermoud. Claude-Alain Voiblet, qui briguait la succession, avait échoué face à la Verte Béatrice Métraux.

Cette reconquête n’est pas concevable sans alliance avec les libéraux-radicaux. Elle passe obligatoirement par un candidat qui puisse être agréé sans réticence par le PLR, voire plus largement. Il faut donc montrer sans hésitation que la page des affaires et de leurs protagonistes est tournée.

Président et papable

Le premier papable de l’UDC pour figurer sur le ticket d’entente pour le Château cantonal est Jacques Nicolet, le nouveau président du parti. Issu de la tradition agrarienne – il est agriculteur à Lignerolle – il a été aisément élu au Conseil national en octobre dernier. L’exclusion du mouton noir lausannois est le premier geste d’autorité de ce politicien au demeurant discret. Un second papable est l’autre nouvel élu de la Chambre du peuple, Michaël Buffat, qui a été un président respecté de la commission des finances du Grand Conseil. La plainte pour harcèlement déposée par une ancienne compagne a été classée.

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Le bannissement de Claude-Alain Voiblet n’implique pas pour autant un recentrage sur le fond. Les communiqués thématiques du parti n’ont rien perdu de leur virulence. Ils sont signés par Kevin Grangier, le secrétaire général du parti vaudois. C’est lui qui assure l’opérationnel de l’exclusion du militant avec lequel il a longtemps semblé former un tandem. Si rivalité il y a, ce n’est en tout cas pas sur le programme.

La danse des élus de la campagne au ton modéré sur la partition musclée écrite par le parti suisse semble donc avoir encore de beaux jours devant elle. On peut pourtant se demander ce qu’il reste à sauver. De scandale en exclusion, le parti a montré sa capacité d’autodestruction. Fabienne Despot, plongée dans une disgrâce durable pour avoir enregistré les siens à leur insu, est en un bel exemple. L’accession au Conseil fédéral de Guy Parmelin, celui qui aurait pu sauver le siège au Conseil d’Etat, offre une nouvelle dignité à l’UDC Vaud. Il n’est pas sûr que cela suffise à lui attirer une nouvelle garde de qualité.

Dans l’immédiat, la querelle entre le parti cantonal et la section lausannoise pourrait tourner à l’imbroglio juridique. Pour qui met sa parole en doute, le premier a annoncé qu’il mettrait à disposition de ses membres et de la presse toutes les pièces du dossier.

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