Vaud

Claude-Alain Voiblet, l’indésirable

Depuis qu’il a pris la coprésidence de l’UDC Suisse en 2012, Claude-Alain Voiblet a l’impression que la section vaudoise du parti cherche à l’évincer. Il revient sur l’affaire des affiches, en expliquant comment le parti cantonal a empêché la promotion de sa campagne à Lausanne

Depuis son éviction de l’UDC Vaud le 10 mars dernier, Claude-Alain Voiblet s’était terré dans le silence. Timidement, il est réapparu la semaine dernière avec des mots tels qu'«exagération», «injustice» ou affaire «prétexte». Le président de la section lausannoise de l’UDC n’attend pas de miracle du congrès du parti, le 17 avril prochain, qui confirmera ou non son exclusion. Selon lui, son sort est scellé.

Une discorde partisane de longue date

Calmement, Claude-Alain Voiblet revient sur les tensions entre les sections Vaud et Lausanne qui ont toujours existé, les préjudices à son égard dès qu’il accède en 2012 à la vice-présidence du parti suisse et la décision du parti cantonal de ne pas lui laisser d’emplacement d’affichage en 2015, lors de sa campagne au national. Deux semaines de retrait lui ont fait du bien. Il se tient droit, il sourit, mais son regard est fuyant. Chaque fait dont il a été un jour accablé a son explication et l’homme dépeint une machination dont il a été victime. Pourtant, il ne se plaint pas, il semble endurci.

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Si son parti le chasse, c’est pour un méfait plutôt minable: avoir collé sa propre affiche sur celles de ses camarades. C’était en septembre 2015, Claude-Alain Voiblet était alors en course pour le Conseil national et ses collègues Fabienne Despot et Michaël Buffat concouraient pour les Etats. Une erreur que le président de la section lausannoise regrette, évidemment. «Bien sûr, c’était stupide, j’ai déjà présenté mes excuses au parti», soupire-t-il. Mais il apparaît bien vite que la sanction radicale est le point final d’une discorde partisane qui dure depuis trop longtemps.

Aujourd’hui, Claude-Alain Voiblet a une fille de 2 ans, qui va bien. Il a aussi trois adolescents qui subissent ces accusations tous les jours dans la presse. C’est peut-être la limite à la résistance de l’homme: à cette évocation, ses yeux se mouillent. «La plus grande, de 22 ans, comprend les implications que peut avoir une carrière politique. Pour les deux garçons de 20 ans, c’est plus difficile. L’un d’eux m’a envoyé un SMS l’autre jour en me demandant s’il était indispensable que j’apparaisse tous les jours dans les journaux. Je ne sais pas à quel point mes problèmes les touchent, et pour un père, c’est dur de porter cette responsabilité.» Claude-Alain Voiblet fait de la politique depuis plus de trente ans et se pose aujourd’hui la question de se retirer de la vie publique.

A 23 ans, municipal d’une commune de 3000 habitants

C’est à 19 ans que Claude-Alain Voiblet, citoyen de Reconvilier dans le Jura bernois, rejoint les bancs de l’UDC. «Si l’on vient du coin, on comprend facilement ce choix car c’est le seul parti qui représente le monde agricole.» Mais plus que cela, c’est la liberté et l’engagement personnel défendu par le parti qui fascine le jeune homme. «Selon ma vision des choses, c’est l’individu lui-même qui doit tout faire pour s’intégrer dans son milieu socio-culturel et l’intervention de l’Etat devient par là plus négligeable.» A 23 ans, il est municipal d’une commune de 3000 habitants. A 27 ans, il entre au Grand Conseil bernois où il fera trois législatures, avant de rejoindre la capitale vaudoise. «Mes mandats m’ont énormément appris mais les deux expériences qui m’ont le plus marqué sont la coprésidence de l’Assemblée interjurassienne, de 1994 à 2001, et la présidence du Conseil communal de Lausanne, en 2011 et 2012. Car c’est par la force personnelle que l’on accède à ces postes, il ne suffit pas d’être mis en avant par le parti.»

En 2011, comme en 2016, il se présente à la municipalité de Lausanne «pour préparer le terrain plus que par chance d’être élu». «Dans dix ans, grâce à cela, nous aurons peut-être un municipal UDC! Les défaites permettent tout de même de faire avancer les choses: en se présentant à une élection, on ouvre un débat devant lequel nos adversaires devront se dévoiler quelque peu.» A Lausanne, l’UDC s’implique dans les dossiers de criminalité, de deal, de mendicité, et de dépenses publiques. Un engagement qui fait de l’ombre au parti cantonal, selon Claude-Alain Voiblet. «Mes positions étaient souvent critiquées par la section vaudoise, qui n’avait pas à traiter ces affaires citadines. J’étais constamment attendu au tournant: on cherchait le moment où je serais en porte-à-faux avec le parti.»

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Lorsqu’il prend la vice-présidence de l’UDC Suisse en 2012, les relations s’enveniment encore. «Ma visibilité a agacé les membres du parti vaudois. Depuis ce jour, mon engagement politique s’est compliqué. A l’intérieur du parti, sous couvert d’anonymat, on a laissé couler des informations pour me nuire. On m’a accusé à tort de mélanger mes comptes et ceux du parti. C’est au sein de ce climat-là qu’il faut voir l’affaire des affiches.»

Claude-Alain Voiblet avoue avoir «adoré faire de la politique»

En automne 2015, Claude-Alain Voiblet est candidat au Conseil national et fait tirer cinquante affiches auto-promotionnelles. «Mais la section vaudoise décide alors de s’emparer de la totalité des emplacements d’affichage pour ses candidats aux Etats, Fabienne Despot et Michaël Buffat. Comprenez: je n’ai pas moyen de faire campagne dans la ville où je représente mon parti!» La guerre est déclarée. La suite a été maintes fois décrite: lors d’une expédition nocturne, il recouvre «douze à dix-huit affiches défectueuses» de ses rivaux. Cette action, d’abord niée par l’accusé, lui vaut son expulsion. Un prétexte, pour le président de la section lausannoise. Car, premier des viennent-ensuite UDC au Conseil national, il y accéderait en 2017 en cas d’élection de Jacques Nicolet ou de Michaël Buffat au Conseil d’Etat vaudois, «au détriment d’autres UDC vaudois».

Claude-Alain Voiblet se pose encore à voix haute cette question: «Est-ce qu’aujourd’hui j’ai envie de continuer la politique?» Exclu de l’UDC Vaud, il sera obligé de siéger en indépendant au Conseil communal et au Grand Conseil. Deux mandats qu’il souhaite mener à terme. Il ne se voit pas changer de parti. Il a «adoré faire de la politique». Dans un débat, il dit traiter différemment un ténor de parti qu’un nouveau venu, pour lui laisser sa chance. «L’exercice est difficile et le but n’est pas de le dégoûter!»

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Lorsqu’on lui dit qu’il est indésirable aujourd’hui pour l’UDC Vaud, il répond que ce sont les 22% d’électeurs vaudois qui font le parti, que les personnalités avides de pouvoir, elles, ne durent jamais longtemps.

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