«Pour le grand public, le PRD est souvent le parti des messieurs en costume-cravate qui roulent en Mercedes. Je pense qu'il est temps de rafraîchir cette image. Ma nouvelle fonction va me donner l'occasion de m'y employer.»

Un large sourire fend le visage de Claudine Esseiva, 29 ans; ses yeux brillent d'un éclat intense. Visiblement satisfaite de son bon mot, la jeune femme poursuit son discours sur le même ton, léger mais sérieux à la fois. Spontanée, rieuse, parfois un peu joueuse, elle rompt avec l'idée, souvent austère, qu'on se fait du monde politique et de ses acteurs ou actrices.

Une actrice politique, cette Fribourgeoise encore peu connue compte bien en devenir une de premier plan. Après avoir été candidate au Conseil national l'an dernier - elle a réalisé un score honorable pour une première -, elle succédera le 1er juin à Barbara Perriard comme secrétaire générale des Femmes radicales suisses. Dans le but, dit-elle, de seconder efficacement Jacqueline de Quattro, nouvelle présidente du mouvement. Une conseillère d'Etat vaudoise avec qui elle devrait être en adéquation: lors de la procédure de désignation, le courant entre les deux femmes semble avoir particulièrement bien passé.

Une Bernoise à Fribourg

Malgré son patronyme typiquement fribourgeois, Claudine Esseiva a passé toute son enfance dans la campagne bernoise. A la maison, on parle le suisse allemand. Après une maturité professionnelle, elle choisit en 2001 d'aller étudier à la Haute Ecole de gestion de Fribourg. «J'avais envie de redécouvrir mon canton d'origine, mes racines», commente-elle.

La redécouverte est telle que la jeune femme ne quittera plus les rivages de la Sarine. Dynamique, entreprenante, maîtrisant désormais parfaitement le français, elle y crée, après diverses expériences professionnelles, sa propre entreprise: MacMac Media, une agence de communication montée avec deux connaissances de Fribourg.

«Actuellement, je gère l'aspect économique et comptable de notre société. Cela équivaut à un taux d'activité de 50%. Le secrétariat des Femmes radicales représente un 60%. Je pourrai concilier les deux», note-t-elle.

Sa famille étant très politisée, Claudine Esseiva s'est intéressée jeune à la chose publique. Mais ce n'est qu'en 2004, à 25 ans, qu'elle adhère au Parti radical fribourgeois. Elle procède alors par élimination. «Impossible d'aller au PS. J'ai fait trop d'études économiques pour ne pas réaliser que leurs exigences sont totalement utopiques. Pas question non plus de frapper à la porte de l'UDC, à cause de sa politique envers les étrangers. Et je ne voulais pas du PDC, en raison du «C»: il faut séparer la religion de l'Etat.»

«Créer un lobby de femmes libérales»

Choix par défaut, mais pas infondé. Claudine Esseiva s'identifie parfaitement au programme du PRD, que ça soit sur la liberté d'entreprise, la nécessité de combattre les lourdeurs administratives ou la fiscalité. Simplement, à l'instar d'autres jeunes de la formation, elle estime qu'il règne un certain conservatisme chez les caciques du parti. En particulier sur la question des femmes.

«Nous devons créer un lobby féminin libéral. Montrer que ce thème n'est pas l'apanage de la gauche», relève-t-elle. Ses priorités: œuvrer en faveur de la conciliation des vies familiale et professionnelle, ainsi que de l'adaptation du système scolaire à ces exigences. Membre du parlement communal de Fribourg depuis 2006, cette célibataire - elle espère fonder un jour une famille - a ainsi proposé récemment que la ville développe un projet pilote en vue de l'introduction des bons de garde pour les crèches.

Thomas Zwald, le président des radicaux de la capitale cantonale, ne tarit pas d'éloges sur sa «protégée»: «Elle fait partie de cette génération de jeunes politiciennes urbaines, dont les préoccupations ne sont guère le point fort du PRD. Par exemple les questions sociétales ou de conditions-cadres pour les femmes. Cela apporte une fraîcheur bienvenue au parti.»

Ancien président du Parti libéral-radical fribourgeois, Charly Haenni évoque une «femme de caractère, qui se fixe des buts clairs et sait où elle va». Et de prédire: «On entendra encore parler de Claudine Esseiva.» A vérifier dès ces prochains mois.