Les médecins assistants et chefs de clinique genevois manifesteront en blouse blanche dans les rues de la Cité de Calvin, mardi 29 août en fin d'après-midi. La raison de leur malaise? L'instauration de la clause du besoin décidée au début du mois de juillet par le Conseil fédéral dans le but de réduire les coûts de la santé. Cette mesure, qui devrait entrer en vigueur dès 2001 et être appliquée jusqu'en 2004, prévoit de limiter les autorisations de pratiquer fournies aux prestataires de soins. Selon des critères qu'il reste à définir, les cantons autoriseraient un médecin à ouvrir ou reprendre un cabinet uniquement en cas de pénurie manifeste dans sa spécialité.

A Genève, les médecins assistants et chefs de clinique craignent particulièrement l'instauration de cette clause du besoin. Avec 31 médecins praticiens installés pour 10 000 habitants, le canton compte avec Bâle-Ville la concentration de médecins la plus importante de Suisse – la moyenne nationale étant de 19 pour 10 000. La saturation menaçant la plupart des spécialités, les médecins genevois risquent ainsi d'être les premières victimes de cette restriction du nombre d'autorisations de pratiquer. La manifestation du mardi 29 août, organisée par l'Association des médecins assistants et des chefs de clinique genevois (ASMAG) est la première mobilisation nationale des professionnels de la santé contre la clause du besoin. Trésorier de l'association, le Dr Guillaume Bron annonce que si leurs doléances ne débouchent pas sur des réponses positives, «un vaste mouvement de grève pourrait être lancé dans tous les hôpitaux genevois».

Pour l'ASMAG l'idéal serait évidemment que le Conseil fédéral retire son projet de moratoire sur le droit de pratiquer. Dans le cas contraire, l'association exige que cette mesure s'accompagne d'une augmentation du nombre de postes dans les hôpitaux. «Si la clause du besoin est appliquée, on va avoir une pléthore de médecins pour le même nombre de places et certains d'entre nous se retrouveront sans emploi», craint le Dr Guillaume Bron, médecin assistant à la clinique de rééducation de l'Hôpital de Beau-Séjour.

En effet, pour les médecins titulaires d'une spécialité FMH, acquise après un minimum de cinq ans d'assistanat, l'installation dans un cabinet représente le principal débouché à la sortie de l'hôpital. «Chaque année ils sont une quarantaine à ouvrir ou à reprendre un cabinet à Genève», indique le Dr Jean-Marc Guinchard, secrétaire général de l'Association des médecins genevois (AMG). Il faut encore ajouter à ce chiffre ceux qui vont s'installer dans un autre canton. Or, Genève compte 735 postes de médecins assistants et de chefs de clinique, presque tous occupés à 100%. Si l'ouverture et la reprise d'un cabinet ne sont pas autorisées, les hôpitaux genevois risquent de devoir refuser une multitude de jeunes diplômés à la recherche d'un premier poste d'assistant, ou le faire mais en ne renouvelant pas les contrats annuels de ceux qui ont déjà une place. Car les autres débouchés possibles – la recherche, une carrière académique ou une place dans l'industrie pharmaceutique – ne suffiront jamais à absorber tous les médecins spécialistes FMH.

Des craintes

L'AMG, qui regroupe presque la totalité des 1250 médecins privés du canton, a choisi de s'associer aux revendications de l'ASMAG. «En pénalisant les médecins assistants, explique le Dr Guinchard, la clause du besoin s'attaque au maillon le plus faible du système de santé. En effet, qui va se mobiliser pour les soutenir?» D'autre part, le secrétaire général de l'AMG craint que ce système ne risque d'engendrer pour Genève des chômeurs «qui lui coûteront cher en indemnités, alors que l'objectif initial est pourtant d'effectuer des économies». Les médecins assistants ne veulent pas se retrouver seuls à assumer la réduction du coût de la santé. «Nous sommes conscients que des mesures doivent être prises, reconnaît le Dr Bron, mais sans pénaliser uniquement les médecins.»

Pour l'instant le projet de révision de l'Ordonnance sur l'assurance maladie, qui doit permettre d'instaurer la clause du besoin, est encore en consultation. Les cantons ne savent toujours pas comment ils devront l'appliquer et surtout de quelle façon ils pourront déterminer s'ils abritent ou non trop de prestataires de soins. La manifestation du 29 août se terminera devant le Département de l'action sociale et de la santé. Les protestataires espèrent connaître à cette occasion la position de leur patron, le conseiller d'Etat Guy-Olivier Segond.