Les débats au parlement promettent d'être houleux, l'an prochain, car même dans les rangs des pro-européens on est divisé sur l'adéquation des propositions du Conseil fédéral. Mais tous l'admettent, on a perdu du temps.

Un pas dans la bonne direction, se réjouissent les partis du centre droit, PDC, PBD, PLR, de même que les organisations économiques qui, depuis plusieurs mois proposaient de prévoir une clause de sauvegarde. Inacceptable pour le PS, qui, tout à l’opposé, rejette ce projet. Enfin l’UDC reproche au Conseil fédéral de ne proposer aucune mesure concrète et de n’avoir fait aucun pas en deux ans. Le gouvernement n’a pas vraiment envie d’appliquer la Constitution, soupçonne l’UDC.

Le PDC et le PLR ravis

Le premier à se réjouir aura été le président du PDC, Christophe Darbellay, pour qui le Conseil fédéral a perdu beaucoup de temps avant de reprendre une proposition que son parti avait lancée dès mars 2014. Il y a là une voie pour ménager la voie bilatérale tout en maîtrisant l’immigration, croit l’homme politique valaisan. Pour Isabelle Moret, vice-présidente du PLR, la proposition du Conseil fédéral n’est pas encore «la» solution, c’est une étape importante dans le processus. Selon elle, il ne faut pas trop se braquer sur la clause unilatérale proposée par le Conseil fédéral, car «au final notre objectif est une solution acceptée par les Européens». 

La mise en oeuvre d'une telle clause serait de toute manière un échec pour la politique suisse, craint la députée vaudoise. Car elle signifierait que les mesures promises pour encourager l'emploi de la main d'oeuvre suisse, notamment des femmes, sont venues trop tard, ou n'ont pas eu d'effet.

Pour le PS, la clause unilatérale est inacceptable

Les réactions sont plus négatives à gauche, notamment à la direction du PS qui craint pour les accords bilatéraux. Pour le président Christian Levrat, la variante « clause unilatérale » est inacceptable. Elle menace les accords bilatéraux ou du moins compromet nos bonnes relations avec nos voisins. Et la variante « clause de sauvegarde consensuelle » ne serait qu’un semblant de solution, car le marchandage annuel ne rend service qu’à l’UDC.

Mais pour Cesla Amarelle, spécialiste du droit des migrations, on entre enfin dans une phase de réelle discussion politique. Une clause de sauvegarde consensuelle avec l’UE ne peut reposer que sur des critères objectifs liés au chômage, au PIB ou aux phénomènes migratoires. Mais cela suppose d’abord un paquet de réformes internes, que l’on attend toujours, pour lutter contre la sous-enchère salariale et mieux utiliser la main d’œuvre indigène.