Chloé* a été victime d’abus sexuels durant plusieurs semaines, de la part d’une personne en qui elle avait placé sa confiance. Après des mois de silence et de honte, elle a décidé de porter plainte. Cette procédure, qui durera trois ans, représentera une épreuve en soi.

Depuis, la question de la justice et de la reconstruction n’a pas cessé de l’occuper. Elle s’est mis en tête de transformer sa quête d’information en «quelque chose d’utile». Sur son site, «Victime, pas seule», elle rassemble le fruit de ce travail. Ce mercredi, elle organise une conférence sur le thème de la justice restaurative, dans laquelle s’exprimeront une avocate et un intervenant de la LAVI**.

Dans une démarche cathartique, Chloé a elle-même interrogé une officière et deux inspecteurs de la police, un intervenant de la LAVI (le centre d’aide aux victimes), une avocate et une psychologue, autant de figures intervenues dans son propre parcours. Au travers de ces interviews publiées sur son site, elle détaille les rôles des professionnels amenés à rencontrer les victimes. Elle présente aussi les outils du droit, à disposition des victimes.

N’existe-t-il pas déjà assez d’information pour orienter les personnes qui envisagent une action en justice? «A côté de l’offre institutionnelle, j’aimerais apporter la perspective d’une victime. J’y ai mis tout ce que j’aurais aimé trouver quand j’ai actionné la justice. Je ne souhaite pas convaincre quiconque de porter plainte, c’est un choix très personnel. Mais donner des clés. Avant d’entrer dans ce monde, on ne sait pas ce que c’est la justice. J’ai tout appris sur le tas et je ne le souhaite à personne.»

«Je n’étais pas seule»

Elle-même n’a pas déposé plainte immédiatement après les faits. Il lui a fallu un an et demi, pour trouver la force de parler. «J’avais trop peur de déclencher quelque chose dont je perdrais la maîtrise. J’ai appris que je n’étais pas la seule victime de cette personne, un manipulateur charismatique. J’avais une responsabilité. Je devais porter plainte, pour protéger les autres.»

Après trois ans de procédure, son histoire se solde par un accord avec l’auteur. «La procédure a été presque aussi violente que ce que j’avais vécu et je ne tenais pas à ce qu’un procès ait lieu. Ce qui comptait pour moi, c’était qu’il reconnaisse les faits.» Chloé tient à rester anonyme et en divulguer le moins possible sur son histoire. Juste la part qui, dans son expérience, est susceptible de résonner chez d’autres.

Elle a mis un moment à comprendre qu’entre ses attentes et le but de la justice, il y avait un fossé. «Je croyais, un peu naïvement, qu’on allait me traiter avec douceur. Ce que j’ignorais, c’est que la justice n’est pas là pour les victimes, mais pour faire condamner les coupables. C’est son rôle, et c’est normal, je le comprends aujourd’hui. Mais il faut le savoir», explique Chloé.

Accueil favorable des professionnels

Sa démarche reçoit un écho favorable de la part des professionnels. Céline Vock, psychologue et intervenante LAVI a Genève, n’hésite pas recommander le site aux personnes qu’elle accompagne: «C’est un bon travail de documentation et de vulgarisation, pertinent. Il rend un peu plus humains les acteurs d’un système qui peut paraître obscur quand on y est confronté pour la première fois».

Ce décalage entre les attentes des victimes et la réalité, Céline Vock l’observe dans sa pratique. Le centre LAVI fournit aux personnes victimes d’atteintes à l’intégrité physique, psychique ou sexuelle un soutien psychologique, informe sur les droits en vigueur et offre un conseil juridique. Les intervenants mettent aussi en garde sur les implications d’une procédure judiciaire. «C’est important d’être armé pour aborder cette étape à haut risque de retraumatisation, car confrontante et potentiellement intrusive.» L’accès des victimes à la justice sera au cœur d’un congrès, en septembre 2023, organisé par la conférence latine des centres LAVI.

Prénom d’emprunt

** Conférence mercredi 28 septembre à 19h30 à Crissier, Castel de Bois Genoud, salle Sapin, entrée libre dans la limite des places disponibles