Elle provoque des remous. L’initiative anti-minarets a été balayée par le National, en mars, de façon assez nette: par 129 voix contre 50. Le Conseil des Etats devrait en faire tout autant ce vendredi. Mais la campagne s’annonce déjà très dure. Réaction d’Andreas Tunger-Zanetti, collaborateur scientifique du Centre de recherche sur les religions de l’Université de Lucerne, qui coordonne un projet* sur les édifices religieux issus de l’immigration.

Le Temps: Votre projet démontre que les 19 édifices religieux issus de l’immigration bâtis en Suisse depuis 1945 n’ont pas fait trop de remous. Comment expliquer qu’un temple sikh, très visible, provoque moins d’opposition qu’un petit minaret sans muezzin?Andreas Tunger-Zanetti: Le temple sikh à Langenthal (BE) a effectivement été bien accepté. Sa construction a même été soutenue par un UDC local. L’opinion publique connaît peu la religion sikh. Elle a aussi, par exemple, une image très pacifique du bouddhisme, ce qui ne correspond pas toujours à la réalité. Donc on «laisse faire». L’islam, en revanche, est toujours plus associé à la violence, aux attentats du 11 septembre 2001, au terrorisme. Mais l’image que se fait le public d’une religion n’explique pas à elle seule cette différence d’acceptation. D’autres facteurs entrent en jeu, comme le style architectural, le financement, les mécènes, la manière dont le projet est soutenu. Le monastère bouddhiste à Rikon (ZH) a par exemple été défendu par les frères Kuhn, des industriels de renom. Et le temple thaï de Gretzenbach (SO) a été construit grâce à la famille royale de Thaïlande. L’argent peut jouer un rôle lorsqu’il s’agit par exemple de racheter du terrain pour construire des places de parking exigées par les autorités.

– La communauté musulmane de Wangen (SO) s’y est-elle mal prise pour obtenir son fameux minaret qui a provoqué la controverse et le lancement de l’initiative?

– Elle a toujours eu une attitude très «légaliste», en disant qu’elle avait le droit de le construire. Le Tribunal fédéral lui a donné raison, mais ce droit n’ouvre pas forcément la porte à l’acceptation. La communauté fait preuve de bonne volonté, donne des cours d’allemand, a organisé des journées portes ouvertes, mais elle n’a pas mené une politique d’information très active au début. Son site internet est très complet en turc, mais la page en allemand est toujours «en construction». Depuis plus d’un an…

– Les minarets de Zurich et de Genève, érigés en 1962 et en 1975, ont été bien accueillis. Comment expliquer la réaction actuelle des initiants? L’islam s’est-il radicalisé en Suisse?

– Non. Mais l’image de l’islam véhiculée par les médias est beaucoup plus négative. L’islam suisse est très modéré, les musulmans sont en très grande majorité originaires des Balkans et de Turquie et les intégristes ne sont qu’une poignée. Mais les clichés sont tenaces. Par ailleurs, si les minarets ont été bien acceptés à Zurich et à Genève, le facteur «grande ville» n’est pas à négliger. Les bâtiments «exotiques» choquent moins que dans une petite bourgade. Construire aujourd’hui un deuxième minaret à Zurich ou à Genève ne devrait pas poser trop de problèmes.

– La campagne de votation à venir risque-t-elle de braquer la communauté musulmane? Jugez-vous l’initiative dangereuse?

– L’initiative et le débat qu’elle provoque sur les valeurs de l’islam vexent beaucoup de musulmans, y compris ceux qui ne tiennent pas à construire de minaret. Ils peuvent se sentir discriminés, rejetés. Surtout les jeunes. En cela, l’initiative a un effet négatif. Elle érige une sorte de mur. Certains estiment que ce repli pourrait se convertir en intégrisme. Je n’y crois pas trop. Personnellement, je pense que le peuple n’acceptera pas le texte. Le récent sondage d’Isopublic est plutôt rassurant: 49% des sondés sont contre, 37% pour.

*  www.religionenschweiz.ch/bauten/fr/ - Le projet est à l’origine d’une expo qui se tient jusqu’au 28 juin à l’église du Pasquart de Bienne, avant de se déplacer dans plusieurs villes.