Le Temps: Pensez-vous que Peter Friederich ait été en quelque sorte «piégé» par Joseph Deiss, puisqu'il a été convoqué par ce dernier avant d'être arrêté?

Jean-René Mermoud: Je pense que Joseph Deiss ne savait rien de ce qui allait se passer. Le rendez-vous a été arrangé rapidement et Joseph Deiss n'a pas été informé de façon complète; il pensait qu'il ne s'agissait que d'une enquête de routine. Il a simplement demandé à Peter Friederich de renseigner les enquêteurs du Ministère public, mais en réalité il n'a pas été consulté sur la conduite de cette opération. Il n'a pas piégé mon client.

– Qui est l'homme qui a donné l'argent douteux à Peter Friederich?

– Il s'agit d'un professionnel de la finance espagnol. Un ami de Peter Friederich le lui a présenté, en Espagne, vers la mi-2001. Mon client a toujours géré de l'argent pour des amis et des connaissances. Cet homme lui a inspiré confiance, il semblait avoir pignon sur rue, il voulait confier à Peter Friederich de l'argent non déclaré afin qu'il l'investisse. Mon client l'a accepté et l'a versé sur le compte ouvert à Luxembourg. Peu de temps après, cet Espagnol a demandé à M. Friederich de virer le montant qu'il lui avait remis sur les comptes de sociétés lui appartenant, en prétextant un besoin urgent de liquidités. Jusqu'à preuve du contraire, il n'y a pas d'éléments concernant la provenance douteuse de cet argent.

– Qu'en est-il d'éventuels contacts avec des agents de renseignement américains?

– Peter Friederich nie catégoriquement avoir eu de tels contacts. Il veut mettre les choses au point: cette histoire d'espions est absurde, même si l'on ne peut exclure qu'il ait côtoyé de tels personnages au cours de sa carrière.

– Pourquoi a-t-il prétendu, lors de son premier interrogatoire, que les fonds provenaient de la vente de meubles?

– C'était ce qu'il avait dit à sa banque, la Dexia, lorsque celle-ci lui a demandé des explications sur l'origine de l'argent. Il voulait être cohérent.

– N'était-il pas désinvolte de la part de votre client de faire de l'évasion fiscale alors que la Suisse et l'UE sont engagées dans des discussions délicates au sujet du secret bancaire?

– Les activités annexes des diplomates sont autorisées par la Convention de Vienne si elles ne se déroulent pas dans le pays lui-même. Que voulez-vous: l'argent défiscalisé représente une part importante de l'épargne mondiale et des relations financières entre la Suisse et le Luxembourg. En revanche, je ne sais pas si Peter Friederich avait demandé l'autorisation de sa hiérarchie pour ses activités financières.