Le Temps: Dans le cadre de la crise budgétaire genevoise, est apparue fréquemment la référence à l'audit d'Arthur Andersen. Quel regard portez-vous, avec le recul de huit ans, sur la pertinence du rapport Andersen, mais aussi sur ses limites?

Martine Brunschwig Graf: Le rapport Andersen fait suite à l'expression d'une volonté populaire. A ce titre, il devait être pris au sérieux et il l'a été, quand bien même tout n'était pas nécessairement applicable ni souhaitable politiquement. Ainsi, par exemple, la déconnexion totale entre la gestion politique et la gestion administrative entre en contradiction avec notre Constitution qui prévoit des conseillers d'Etat qu'ils dirigent leur département.

– L'audit Andersen était connoté «néo-libéral». Etait-il honteux de mettre en œuvre les recommandations de l'auditeur?

– Le climat politique qui a entouré l'audit a certes pesé sur la façon dont les recommandations ont été reçues. Mais il n'en reste pas moins qu'un certain nombre de recommandations ont été prises en compte.

– L'audit relevait d'une volonté populaire d'y voir plus clair dans le fonctionnement et l'efficacité de l'Etat. Mais les milieux politiques au sens large ne semblent pas y avoir prêté beaucoup d'attention. Aujourd'hui, à considérer le plan financier quadriennal ou Ge-Pilote, Genève est-il culturellement davantage prêt à prendre les mesures qui s'imposent?

– En politique, le facteur temps prend souvent une autre dimension. C'est une réalité avec laquelle il faut compter. La meilleure volonté, sans capacité de convaincre, ne produit pas grand-chose et la conviction ne se décrète pas, elle se forge! Cela fait partie des impératifs de la démocratie.

– Le fait que les mesures structurelles viennent de l'intérieur (Conseil d'Etat) et qu'elles n'apparaissent pas comme étant imposées par un auditeur externe rend-il la concrétisation de ces mêmes mesures plus probable?

– Je pense que oui. En définitive, les vrais changements se font de l'intérieur, avec celles et ceux qui assument les tâches qui leur sont confiées. Je suis persuadée que nos collaboratrices et collaborateurs ont tout intérêt à ce que les prestations de l'Etat soient visibles, clairement définies en fonction de choix stratégiques opérés en toute transparence. La démarche ne peut être conduite sans leur appui et leur participation. Chacun y a intérêt, si l'on veut renouveler le contrat de confiance entre les citoyens et l'Etat.

– L'audit prônait une rénovation du processus budgétaire et l'établissement d'un budget par prestations. On le voit aujourd'hui, on a atteint les limites de l'exercice. Ge-Pilote est-il le premier fils spirituel de l'audit Andersen et le budget par prestations en sera-t-il le second?

– En effet, l'audit d'Arthur Andersen préconisait les éléments prévus par GE-Pilote (déterminer les prestations et établir un budget par prestations) mais je rappelle qu'entre-temps, le parlement a accepté des modifications de la loi sur la gestion administrative et financière (LGAF) de l'Etat qui exige l'établissement d'un plan financier et d'un budget par prestations! GE-Pilote permet de respecter la LGAF.