La querelle qui agite la faculté de théologie de l'Université de Lausanne fait un premier dégât direct. Pierre Gisel, l'une des éminences de l'institution, doyen à deux reprises de la faculté, demande son transfert en sciences des religions, a appris Le Temps. Il confirme.

A Lausanne, étude des religions et théologie ont été mises sous le même toit, un cas rare dans le monde académique. Le projet des rectorats de Genève, Lausanne et Neuchâtel de fusionner les trois écoles de théologie protestante romandes (LT du 15.05.2008) a ranimé les difficultés de cette cohabitation à la lausannoise. Au point que Pierre Gisel, devant le «durcissement des fronts», s'est senti «obligé de choisir, et de faire preuve de cohérence», dit-il.

Ambiance au venin

Ses rapports avec ses collègues théologiens s'étaient envenimés il y a quelques semaines, lorsqu'il avait été évincé de la présidence de la section de théologie. Son soutien à la frange laïque de la faculté - pour résumer - le place dans une condition intenable. «Je suis peut-être naïf, mais je n'imaginais pas que l'écart avec mes collègues était si grand. Je défends l'idée d'une plateforme d'observation de la scène religieuse comprenant les traditions, dont le christianisme, mais ce n'est pas la ligne de certains professeurs, qui se sont révélés plus confessionnels que je ne pensais», explique le professeur.

La démarche est inédite, et nul ne sait vraiment si c'est le doyen de la théologie, Pierre-Yves Brandt, injoignable jeudi, qui devra trancher. Le plus souvent, les chaires sont redéfinies ou déplacées lors du départ à la retraite de leurs détenteurs, pas à leur demande.

Ce nouvel épisode illustre la dégradation du climat dans la faculté lausannoise. Les professeurs du côté théologique accusent leurs collègues de pourrir la situation au nom d'une laïcité obsessionnelle, en profitant de l'occasion offerte par le projet de fusion. Lequel n'aurait aucun rapport avec le débat scientifique et doctrinal. Deux nominations ont encore opposé les camps, chacun défendant ses candidats, au point de nécessiter un arbitrage du rectorat.

Le durcissement des fronts évoqué par Pierre Gisel gagne désormais les étudiants. Jeudi, ceux qui relèvent de l'histoire des religions annonçaient avoir claqué la porte de l'association de faculté.

Les responsables de la nouvelle association dissidente, qui regroupera aussi les étudiants provenant des lettres ou des sciences sociales, déplorent un «manque de communication envers le corps estudiantin» et «l'absence de réponse à des questions légitimes quant au caractère encore plus confessionnel de la nouvelle faculté telle qu'elle est voulue actuellement».