La Suisse bouge pour protéger le climat. Le pas franchi mercredi par le Conseil des Etats peut sembler modeste à certains, mais il est important. La Chambre dite de réflexion ne s’est pas contentée de repêcher la révision de la loi sur le CO2, qui avait été coulée par le Conseil national. Aiguillonnée par les rapports alarmants du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), ses relais civils et les manifestations populaires, elle est allée plus loin que ce qu’avait initialement prévu le Conseil fédéral.

Le dispositif adopté se veut incitatif. Il encourage des changements de comportement et prévoit un double mécanisme: d’un côté, les recettes des taxes seront redistribuées à la population et aux entreprises et, de l’autre, elles seront affectées à un fonds pour le climat. C’est ainsi que sont conçus le prélèvement de 30 à 120 francs par vol et les compensations exigées pour les voitures émettant plus de 95 grammes de CO2 par kilomètre. Le projet renchérira aussi le prix des carburants de 10 à 12 centimes par litre. Et il accentue la pression sur les propriétaires afin qu’ils remplacent les combustibles fossiles par des chauffages moins polluants.

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On pourrait bien sûr aller plus loin, avec des interdictions ou une taxe plus élevée pour les vols long-courriers. Les jeunes qui manifestent dans la rue exigent des mesures plus mordantes et, surtout, plus rapides. Il faut toutefois rappeler que, en Suisse, personne ne peut décréter quoi que ce soit sans respecter le processus démocratique. Celui-ci donne le dernier mot au peuple. Or, il sera vraisemblablement appelé à trancher: la loi sur le CO2 sera en effet combattue par référendum.

Il faudra créer un climat favorable, notamment convaincre les habitants des régions de montagne, qui se trouvent dans une position paradoxale. Ils sont les plus exposés à la fonte des glaciers et aux éboulements qu’elle génère. Mais ils ont aussi des besoins différents des gens du Plateau: ils ont plus de peine à se passer de la voiture et doivent chauffer davantage leur logement. Ils seront plus affectés par le renchérissement des carburants et des combustibles, ainsi que par les nouvelles exigences en matière de chauffage. Il ne sert à rien d’exiger de la population et des entreprises des sacrifices si, parce qu’elles les jugent insupportables, elles les refusent dans les urnes.

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