Le ciel est grisonnant ce lundi matin et la pluie semble vouloir être de la partie. Un imperméable sur le dos et un chapeau sur la tête, la dizaine de participants est rassemblée sur le bord de la route. La Caravane passe, ainsi que s’intitule ce collectif, arpente les paysages vaudois, à la rencontre des personnes qui vivent sur ce territoire, agissent pour leur conservation ou l’influencent par leurs activités. Objet de cette quête: trouver des solutions face à l’urgence climatique.

De mi-août à la fin du mois, 12 étapes sont prévues dans le canton. «Ce sont des points à atteindre, mais on fait attention aux liaisons, explique Brian Favre, coorganisateur de La Caravane. La marche permet de ressentir pleinement le territoire et de penser. C’est comme la transition écologique: un sommet à atteindre qui risque de nous faire mal aux jambes, mais qui n’est pas insurmontable.»

Quatre flèches, quatre questions

De nombreux penseurs ont fait de la marche un exercice propice à la réflexion. «Nos premiers maîtres de philosophie sont nos pieds», écrivait Rousseau dans Emile ou de l’éducation. Le Temps a participé pour une journée à cette caravane et, ce matin-là, le rendez-vous était fixé à Gimel. Pour marquer le départ de cette étape de 11 km, l’un des organisateurs brandit un panneau directionnel jaune de sa confection. Quatre flèches, une pour chaque question à poser aux personnes que nous croiserons sur la route. Deux par deux, le cortège entame sa marche à travers les champs rectilignes.


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En tête de file, une forme attire le regard. L’un des randonneurs trimballe une chaise en bois sur son sac, les quatre pieds en l’air. «C’est un symbole, car nous demandons à nos interlocuteurs de s’asseoir dessus, indique Enea, tout en observant les moutons sur sa gauche. Quand nous relaierons leur message, lors de notre arrivée à Lausanne, nous serons assis sur cette même chaise.» Ce Tessinois de 49 ans avait rejoint La Caravane au col du Marchairuz, pour le week-end, avec sa femme et ses deux enfants. Séduit, il poursuit désormais cet itinéraire en solitaire. «Ce qui me frappe, c’est l’attitude de ces jeunes, confie-t-il aux abords de l’Aubonne. Ils transpirent la confiance et la légèreté face à cette problématique, alors que je me suis enfermé dans une posture plus combative et assez lourde à porter.»

Des terres déjà conquises?

Au gré du parcours, de petits groupes se font et se défont. Parmi les marcheurs, des militants d’associations locales qui prônent l’écologie, les circuits courts ou les produits en vrac, mais aussi des étudiants, venus pour la journée ou la semaine. Des débats naissent sur l’empreinte carbone des moyens de transport, le régime végane, la déforestation, ou encore la décroissance. Certains s’éloignent, s’isolent pour réfléchir. «Partager nos points de vue et les confronter est essentiel pour qu’une idée émerge», assure Brian Favre, tout en collectant des mûres dans un buisson.

Mais, au vu du programme, nos randonneurs ne s’enfoncent-ils pas dans des terres déjà conquises, ne rencontrant que des personnes acquises à l’écologie? «Nous voyons aussi des personnes aux avis divergents, assure Enea. Hier soir, nous discutions avec un paysan loin d’être acquis au bio et demain nous avons rendez-vous chez Ferring, la société pharmaceutique détenue par Frederik Paulsen.» Sur un sentier, le groupe croise un couple, l’interpelle. «On a le sentiment d’être protégé ici, mais je vois bien que la pluie est moins importante chaque année, répond Sylviane, 64 ans. Il faut que tous les partis politiques se sentent concernés et arrêtent de faire passer les intérêts économiques en premier.» Ses propos sont consignés dans un carnet.

L’existence de contradictions

Arrivés à l’Arboretum du vallon de l’Aubonne, les marcheurs sont accueillis par son directeur, Pascal Sigg. On entame une discussion sur la conservation des arbres et les risques de maladie liés à leur exportation. «Nous sommes dans un environnement global, conclut le directeur, que l’on a fait asseoir sur la fameuse chaise. La solution se trouve dans la compréhension de l’interaction entre les vivants.» Ses pistes sont elles aussi notées et La Caravane se remet en marche.

Après avoir dormi sur un alpage et dans une ferme, parlé avec des maraîchers, fromagers et gardes forestiers et visité une école de cirque respectueuse des animaux, les participants trouvent un point commun entre ces différents acteurs: la prise de conscience de l’existence de contradictions. Vaut-il mieux consommer un produit bio qui vient de loin ou choisir un produit local moins propre? Vaut-il mieux ratisser les sols et replanter des arbres ou laisser ceux qui sont tombés enrichir le sol et laisser faire la nature? Des questions auxquelles les marcheurs cherchent encore des réponses. Les témoignages collectés formeront «un fonds commun citoyen», qui sera transmis aux politiques dès la rentrée prochaine.