En sortant de la Maison-Blanche, Bill Clinton n'est pas tombé, mais il a trébuché. Et sa femme Hillary a un peu de peine à se relever. Si en plus Marc Rich est accusé en Suisse d'avoir violé la loi sur le blanchiment d'argent (lire ci-dessous), le haut-le-cœur provoqué aux Etats-Unis par le retour crapoteux de l'ancien président au rôle de citoyen sera difficile à évacuer. Car à l'affaire des grâces (dont ont bénéficié Rich, son ami Pincus Green et plus de 160 autres personnes) s'ajoute le scandale des cadeaux devant lequel même des amis des Clinton se bouchent le nez.

Peu avant de quitter Washington, le couple avait déposé dans un magasin de luxe, comme le font des fiancés, une liste dans laquelle leurs généreuses relations pourraient trouver des présents qui l'aideraient à meubler et à aménager sa résidence de Chappaqua, au nord de New York. Steven Spielberg (porcelaine), Jack Nichoslson (équipement de golf), parmi une trentaine d'autres personnalités, se sont exécutés. Comme Denise Rich, la femme divorcée du magnat réfugié en Suisse, qui a offert deux tables à café et deux chaises, après bien d'autres prodigalités à l'égard du couple dans le besoin et du Parti démocrate. Les Clinton ont annoncé vendredi qu'ils allaient rembourser les objets reçus (86 966 dollars).

Ce sursaut pour faire taire les critiques est d'autant plus nécessaire pour le nouveau sénateur de New York que la razzia sur les cadeaux avait été opérée juste avant qu'elle prête serment à Washington, échappant ainsi in extremis au contrôle tatillon de l'éthique des parlementaires. Mais on va encore demander des comptes à Hillary sur le contrat qu'elle a signé (8 millions de dollars payés d'avance) pour écrire ses Mémoires.

La grâce à Marc Rich ne sera sans doute pas remise en cause: c'est un privilège présidentiel. Deux commissions du Congrès vont cependant se pencher mercredi sur les conditions dans lesquelles les pardons de sortie ont été accordés. Jack Quinn, avocat et intime de Bill Clinton, qui a conduit toute l'opération au nom de Rich et de Green, organise déjà la défense, pour atténuer la fureur des juges qui ont enquêté sur les fraudes des deux financiers. Il a révélé qu'un adjoint de l'attorney général avait donné son feu vert à la grâce.

L'appétit du fisc américain

Par ailleurs, le Département de l'énergie semble avoir décidé de clore tous les dossiers relatifs aux affaires pétrolières remontant aux années 70, y compris ceux des poursuites contre Marc Rich; le riche réfugié n'aurait ainsi pas à affronter de poursuites civiles (non couvertes pas la grâce) s'il rentrait aux Etats-Unis. Le fisc, par contre, pourrait s'intéresser au revenant. Il déclare qu'aucun document ne démontre que Rich avait renoncé à la nationalité américaine. Il devrait dans ce cas s'acquitter de 17 ans d'arriérés. On demeurerait près de Lucerne pour moins que ça…

Reste enfin, au passif de Bill Clinton, l'affaire du bureau. Il a loué, comme peut le faire tout ancien président aux frais du contribuable, un étage complet dans une tour de la 57e rue à New York, avec vue sur Central Park. Loyer: 650 000 dollars par an. Hurlements dans la presse de boulevard. «Mais l'immobilier new-yorkais est à ce prix!» a répliqué le nouveau locataire. Pour faire taire la réprobation, Clinton vient d'annoncer qu'il paierait, grâce à sa fondation, plus de la moitié du loyer. «Pourra-t-il?» demandent narquois des républicains. Le premier discours de l'ancien président, en Floride cette semaine, lui rapportera 100 000 dollars. Il faudra beaucoup parler…