Même s’il avait promis de «ne pas durer», le départ précipité de Francis Randin du château de Neuchâtel, la semaine dernière, est une bombe dans un canton qui peine à se réformer et à assainir sa trésorerie. L’homme de 63 ans, ancien banquier, puis durant huit ans, de 2000 à 2008, bras droit des grands argentiers vaudois Charles Favre et Pascal Broulis, avait été engagé à Neuchâtel, le 1er mai 2010, pour coacher l’ambitieux programme cher à Jean Studer: redresser les finances.

Dix-huit mois plus tard, alors qu’il était prévu qu’il «termine la législature», soit jusqu’en mai 2013, Francis Randin a fait ses bagages. Il dit avoir convenu avec le gouvernement qu’il n’y aurait pas de déclaration à ce sujet. Il laisse pourtant entendre qu’il éprouve une certaine lassitude.

«Je suis venu sur un coup de cœur, dit Francis Randin. J’ai été impressionné par la volonté de Jean Studer de vouloir réformer son canton et assainir les finances. Comme j’avais été impressionné par le volontarisme de ministres comme Pascal Broulis et Pierre-Yves Maillard. A Neuchâtel, j’ai pu travailler avec un excellent chef du Service financier, Nicolas Gigandet. Je crois avoir fait ce qui m’était demandé, mon rôle s’arrête là.»

Francis Randin a préconisé de nouveaux outils de gestion financière des départements. Il a rendu, en début d’année, un rapport qui recense les possibilités d’économies. Il s’est appliqué à non seulement préconiser des mesures d’assainissement, mais également à redonner le moral aux Neuchâtelois, leur dire qu’ils étaient sur le bon chemin.

Pourtant, comme ce fut le cas dans le canton de Vaud, Francis Randin n’a pas fait que des heureux à Neuchâtel. Il a bousculé les habitudes et a eu, en retour, de nombreux bâtons tendus dans ses roues. Dernièrement, le mandat de Francis Randin avait été recentré sur l’étude des relations entre le canton et les institutions para-étatiques.

Si Francis Randin s’en va si vite, ce n’est pas seulement parce qu’il sera opéré de la cataracte en janvier. C’est aussi parce que ses recettes sont parfois écartées au profit de manœuvres politiciennes. Il est probable que son départ soit en relation avec la présentation du plan hospitalier qui prévoit le transfert de la chirurgie à La Chaux-de-Fonds, un plan exclusivement politique qui ne vise qu’à l’équilibre entre le Haut et le Bas, peu importe son prix. Francis Randin n’en dit rien, mais tout est dans son silence.

A la veille d’une année 2012 décisive pour Neuchâtel, avec l’examen de dossiers vitaux, comme celui des hôpitaux, du Transrun, de la fiscalité et, de manière récurrente, des finances, le départ de Francis Randin est un mauvais signal. Le volontarisme du gouvernement de procéder aux réformes ne serait-il que de façade?

La résiliation du contrat de Francis Randin s’est faite sans délai. C’était prévu dès son arrivée: autant le Conseil d’Etat que le coach financier s’étaient réservé la possibilité de divorcer en tout temps. Francis Randin avait été engagé sur une base tarifaire de 100 francs de l’heure. Son honoraire, pour dix-huit mois, avoisine les 200’000 francs. «Je ne voulais pas gagner davantage qu’un chef de service. Je ne suis pas venu à Neuchâtel pour l’argent», commente au final l’éphémère «délégué du Conseil d’Etat».