L’accueil est bien à la hauteur du dresscode. Dans la nouvelle agence UBS de Sion, la clientèle est depuis lundi accueillie dans un vaste «open-space» par une femme aux cheveux courts et gris, tailleur noir ajusté (veste fermée), maquillage discret, bas transparents, chaussures à talons classiques mais confortables, chemise blanche et foulard rouge orné de discrets logos UBS. Cette femme est «client manager», c’est-à-dire responsable de l’accueil, et l’une des premières employées UBS en Suisse à s’être vu remettre le désormais célèbre dresscode de la banque (LT du 09.12.2010), un code vestimentaire à l’attention du personnel qui, dans les agences «relookées» de la banque, est en contact avec la clientèle.

Pour l’instant, seules cinq agences pilotes en Suisse ont été transformées dans le cadre d’un vaste projet de refonte architecturale et conceptuelle, celle de Sion étant la seule romande. Grands espaces ouverts, mobilier en bois clair, accueil centralisé, moins de guichets mais plus de machines, et des petits bureaux pour recevoir en toute discrétion: d’ici à 2013, les 300 enseignes UBS de Suisse auront passé par ce réaménagement radical, et leur personnel par un rhabillage strict. «Un projet à 9 chiffres», indique le porte-parole de la banque.

«Au moment où l’on réinvestit enfin pour se rapprocher de notre clientèle suisse et mieux la servir, je ne comprends pas que les médias ne parlent que de ce dresscode, déplore Cyril Meury, responsable UBS de la région de Sion. A l’interne, il n’a jamais été rediscuté. Personnellement, ce document ne me pose aucun problème, et à mes collaborateurs non plus.» Ce qu’ils confirment: «Quand on travaille dans une banque, c’est normal d’être bien habillé, estime ce tout jeune apprenti que le costume noir vieillit beaucoup. Je le prends seulement comme un document qui donne des conseils, sans être obligé de l’appliquer à la lettre.»

«Moi, ça me facilite la vie, renchérit la responsable de l’accueil. Avant, on ne savait jamais comment s’habiller. Là, au moins, on ne se pose pas de questions. Et puis, avec l’argent qu’on nous a donné [impossible de savoir combien, ndlr], j’ai pu me racheter quelques tailleurs. J’ai vraiment l’habitude de ces tenues, puisque ça fait longtemps que je travaille pour UBS. Et dans le temps, les pantalons étaient interdits chez nous. Je suis sans doute de la vieille école, mais vous savez, on est à Sion, les gens sont assez traditionnels.» Raison pour laquelle, peut-être, personne encore n’a osé lui demander si ses sous-vêtements étaient de couleur réglementaire.

«C’est vrai que ce dresscode rentre dans des détails intimes», concède Cyril Meury, qui, en tant que cadre, n’y est pas soumis – d’ailleurs, il porte ce jour-là une cravate bleue ciel et des boutons de manchettes prohibés. «Mais dans l’ensemble, pour nous banquiers, il n’a rien de nouveau. Un ami qui travaille dans une autre banque m’a envoyé le dresscode qu’ils appliquent. Il est quasiment identique au nôtre.»

Les clients, eux, apprécient diversement. «C’est vrai qu’avant, on en voyait au guichet qui étaient habillés comme des carrés d’as. Là, c’est peut-être mieux», dit l’une. «Je trouve ce dresscode scandaleux», dit l’autre, ajoutant cependant qu’il ne ferait jamais confiance à un banquier en basquettes. Et puis cette dame à l’accent italien: «C’est vraiment exagéré tout ça. En Suisse, tout le monde a de l’argent, même la classe moyenne est très bien habillée. On ne peut pas demander à tout le monde d’être tous les jours en tenue de bal… ou d’enterrement! Habillés comme ils sont, moi, ils me font peur ces banquiers!»